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Bu
3 3 min read

Thomas Finot, Macération Cugnète 2022

→ Un vin d’inspiration

→ Bu face à la montagne

→ Sa signature : la fraîcheur fruitée et l’harmonie lumineuse

→ L’émotion dominante : la connexion


Lors d’un récent séjour au cœur du Vercors, faute de vins proprement locaux, je me suis rabattu avec joie sur les canons du Diois, au sud, des coteaux du Trièves, à l’est, et du Grésivaudan, au nord. Parmi ces derniers, coup de cœur pour cette macération de cugnète de Thomas Finot.

La cugnète n’est autre que la jacquère, l’un de mes cépages favoris depuis qu’elle a accompagné quelques moments d’intense convivialité sous la forme de l’intrépide En route pour l’apéro du domaine Dupraz.

Ici, complétée d’un peu de verdesse — cépage également admirable dans un registre plus gastronomique —, j’expérimente pour la première fois la jacquère macérée. Elle offre évidemment un caractère renouvelé : plus complexe et moins spontané, la fraîcheur et la fluidité demeurent, mais elles se combinent désormais au relief, au grain et à la profondeur.

Un témoignage de plus de l’intérêt de la macération, y compris s’agissant des cépages blancs. Elle ne travestit pas la jacquère, elle ne la trahit pas. Elle révèle un autre de ses visages. Comme si elle avait soudain pris le temps de se regarder dans un miroir.

La robe est magnifique, mi-or mi-cuivre. Le nez est à l’unisson, intense et pluriel. Il nous fait voyager loin des pics alpins, quelque part sur une île exotique, au milieu des fruits tropicaux et des fleurs éclatantes. La bouche est énergique et sensuelle, à la fois fraîche et mûre. Sa minéralité nous ramène à la montagne. Tout y est parfaitement équilibré. Sa trame tannique est délicate, son acidité est juste et salivante, ses amers la portent sans excès. Du grand art.

Dans ce pur jus, la montagne est à la fois un paysage et une sensation. Même lorsqu'il a l’esprit qui dérive vers les tropiques, il garde les pieds dans les Alpes. La montagne demeure sa colonne vertébrale.

Il faut dire que le vigneron, Thomas Finot, maîtrise son sujet. Issu d’une famille vigneronne du secteur de Crozes-Hermitage, où il possède toujours des vignes, il a trouvé dans ce petit coin de l’Isère le terrain idéal où laisser ses inspirations vinicoles s’exprimer, notamment en relançant la verdesse, le persan ou l’etraire de la dhuy. Cela au sein de terroirs argilo-calcaires, parfaitement exposés sud-est sur les contreforts du massif de la Chartreuse, qui ne manquent pas d’atouts.

Ici, la tradition n'est pas une limite mais un terrain d'expérimentation. La mémoire viticole n'est pas un musée ; c’est un laboratoire où s’élaborent les grands vins de demain. J’en ai déjà eu la preuve avec la verdesse de Nicolas Gonin. Le renouveau viticole passe forcément par la liberté de sortir des sentiers battus et bien balisés.

Thomas Finot est ainsi l’un des pionniers de la renaissance de la viticulture en Isère à travers une viticulture paysanne, des essais de biodynamie et des vinifications naturelles. Comme souvent, c’est à la vigne que se joue l’essentiel : « En accompagnant la vigne pour lui procurer de meilleures défenses naturelles et en limitant l’apport de cuivre pour laisser vivre les sols, le vin a plus de profondeur et d’équilibre », souligne le vigneron.

Le Guide des meilleurs vins de France ne s’y trompe pas : « Thomas Finot propose des vins flamboyants, riches en goût, dont les matières restent fraîches, s’appuyant sur un fruit d'une intensité et d'une franchise de premier ordre ». Découvrir les vins de Thomas Finot, c’est aussi découvrir ceux du Grésivaudan et, plus largement, les vins des pourtours du Vercors : des vins de montagne qui cultivent la liberté, la résistance au goût mondialisé et le refus de la standardisation. Des vins qui défendent, avec une délicieuse insolence, l’atypicité.

Connexion à la montagne, au cépage, au vigneron : le vin fait le lien. Il crée une étrange mais délicieuse continuité entre le paysage, la plante, le fruit, celui qui l’a couvé et celui qui le déguste. On commence par boire un verre ; on finit par épouser un lieu. C’est la magie du vin.


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