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Le peuple du vin
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Le vin est l’honneur de l’homme

Le vin entretient le dialogue discret mais permanent entre l’hédonisme nécessaire à la vie et la vanité des choses de ce monde. Une bouteille à moitié pleine nous rappelle la fragilité et la fugacité de nos existences, mais aussi qu’il faut se hâter d’en jouir tant qu’il est encore temps. Une bouteille qui se vide témoigne simultanément de la fragilité de nos vies et de la nécessité d’en habiter pleinement chaque instant.

Le vin ne vainc pas la mort : il nous apprend à vivre avant qu’elle ne gagne. C’est pourquoi il est une boisson éminemment philosophique. Toute bouteille débouchée est une petite victoire. Le grand vin ne nous dit pas seulement d’où il vient, il nous demande qui nous sommes. Il n’est pas précieux parce qu’il enivre l’homme, mais parce qu’il transforme la nature en culture, le besoin en plaisir, la consommation en partage et le temps qui passe en expérience vécue.

Quand le vin sauve l’humain

Le vin digne de ce nom est, sur Terre, ce qui rend l’existence un peu mieux supportable, malgré son absurdité ontologique. Il est la quintessence des joies, des jubilations, des évasions, des exaltations, de tout ce qui permet de se délivrer, un instant, du terrible temps qui court, du sordide destin tapi dans l’ombre. Même le plus usé des hommes, en incorporant dans son corps un peu de cette énergie sensible et symbolique, peut retrouver le sourire et l’envie de rire, surtout si la boisson est bue en bonne compagnie — on peut en profiter seul, si l’on est à soi-même une bonne compagnie.

Le vin rend joyeux et optimiste. Comme le résume Roger Scruton, « la question n’est pas de savoir si l’alcool doit être autorisé, mais lequel. Alors que l’alcool déguise les choses, le vin nous aide à les affronter. […] Quel que soit l’effet du vin sur la santé physique, il en a de biens plus importants sur la santé mentale » (R. Scruton, Je bois donc je suis, trad. E. Boyer, Stock, coll. L’Autre pensée, 2011, p. 14-17).

La prohibition, lorsqu’elle prétend supprimer le désir plutôt que l’éduquer, est probablement l’une des réponses les plus pauvres que les gouvernants puissent apporter. La somme des malheurs causés par l’alcool reste très inférieure à la somme des bénéfices tirés du vin. Charles Baudelaire le disait à sa manière : « Si le vin disparaissait de la production humaine, je crois qu’il se ferait, dans la santé et dans l’intellect, un vide, une absence, une défection, beaucoup plus affreux que tous les excès dont on le rend responsable ».

Les sociétés privées de bon vin ne vont jamais mieux que celles dans lesquelles il peut être partagé et médité librement.

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