Brillat-Savarin nous apprend que, dans certaines abbayes du Bugey, le vin aide à la méditation. Et les Italiens savent depuis longtemps que rien n’égale les « vini da meditazione ». La divine boisson permet à la fois la contemplation, la réflexion et l’introspection. En cela, elle est le chemin qui mène à la liberté authentique, au calme intérieur, à l’existence sereine et joyeuse, à la coexistence pacifique et à l’émulation collective.
Les vins de méditation sont ces nectars subtils et profonds. On ne les boit pas pour étancher sa soif, mais pour le plaisir de les contempler et de se laisser surprendre, de s’attarder et de s’évader. Il y a des boissons que l’on boit pour se désaltérer et d’autres que l’on boit pour s’éveiller. Boire sans soif est le propre de l’homme. C’est boire pour le plaisir, pour la beauté, pour le temps retrouvé. L’art de vivre remplace le besoin.
Le plaisir et l’émotion ne sont pas les contraires de la pensée. Ils peuvent en être une condition.
Le vin, boisson philosophique
J’ai souvent éprouvé combien le vin pouvait m’aider à prendre du recul sur l’absurdité du monde, la contingence de l’existence et les inquiétudes qui encombrent l’esprit. Il m’arrive alors de retrouver le sens de ce qui compte vraiment, de ces enjeux existentiels que le tumulte quotidien relègue au second plan. C’est en cela que le vin peut devenir une boisson philosophique et accompagner mon cher temps libre.
Il faut dépasser l’idée du vin comme consolation pour en faire une expérience de présence, de discernement et de liberté. Le vin peut nous apprendre à habiter autrement le temps, à exercer notre attention et à retrouver, dans le plaisir sensible, une forme de présence au monde. La méditation ne consiste pas à atteindre un état spirituel exceptionnel. Elle peut commencer par le simple fait de ralentir, de goûter et d’observer les sentiments que le vin fait naître en soi.
Montaigne pouvait affirmer que boire dix bouteilles rend l’homme « sage et avisé ». L’esprit du vin est supérieur à l’esprit humain. Heureusement, l’esprit humain peut se nourrir de l’esprit du vin.
« En sec jamais l’âme n’habite », remarque Rabelais. Bandol, gigondas, châteauneuf-du-pape, saint-joseph, château-chalon, taurasi, amarone, barolo, barbaresco et autres vins de Corse, de Murcie, d’Aragon, de la sierra de Gredos ou de la vallée de la Bekaa ne se boivent pas à grandes lampées mais se méditent. Leur force est leur profondeur. Ils se dégustent verre par verre et non bouteille par bouteille — ou alors leurs messages seraient irrémédiablement brouillés.
Vin et philosophie ont le même berceau : la Méditerranée. Ils partagent une longue histoire méditerranéenne. Tous deux se sont nourris de ses paysages, de ses civilisations et de cet art de vivre qui accorde une place essentielle au plaisir, à la conversation et à la contemplation.
À l’origine, ils ont tous deux été galvanisés par ce soleil qui chauffe les feuilles et les fruits des oliviers et des pins parasols. Il est donc normal que les vinosophes apprécient tout spécialement les vins de Méditerranée, avec tous les symboles qu’ils véhiculent et le mélange de richesse et de subtilité, de puissance et de finesse qui les caractérise.
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