Les Cyrénaïques enseignent que la jouissance concerne le corps. Il n’y a rien ou presque rien au-delà des perceptions subjectives, liées aux modifications physiologiques du corps. Pour Aristippe et les siens, les plaisirs corporels immédiats doivent être privilégiés. Les jubilations spirituelles ne sont rien de plus que des modalités corporelles de l’hédonisme. Le corps est une machine à jouir.
La chair est le composé de matières que les désirs et les plaisirs traversent. La Mettrie décrivait déjà une machine corporelle traversée par des flux et des réactions, réagissant à des stimuli par des variations de température et de pression, des troubles et autres modifications physiologiques. Le vin pourrait les susciter. Et ne serait-on pas capable de les mesurer ?
On ne réagit pas de la même manière en dégustant un vin pur ou un vin dur, un vin joyeux ou un vin triste, un vin élégant ou un vin tonitruant. Et chacun ressent ses propres émotions, selon sa sensibilité et selon ses goûts.
Dopamine
« Il n’y a pas de vins de soif, seulement des vins d’extase », écrit le comédien et œnophile Pierre Arditi*. Or cette extase peut se vérifier concrètement, se mesurer dans le corps. En effet, le plaisir, phénomène physique et matériel, se traduit par la sécrétion de quatre hormones : la dopamine, principalement, mais aussi les endorphines, l’ocytocine et la sérotonine.
La dopamine est une petite molécule produite par certains de nos neurones en cas de réussite ou de récompense. On surnomme ce neurotransmetteur la « molécule du plaisir » car il est notamment impliqué dans la survenue de cet état agréable procuré par la satisfaction d’un besoin ou d’un désir ou par l’accomplissement d’une activité gratifiante. Les neurones concernés forment un réseau : le « circuit de la récompense ».
Une grande quantité de dopamine est libérée, par exemple, lorsque je cherche dans ma cave un flacon afin d’accompagner un cuissot de chevreuil aux poires, cacao amer et confiture d’airelles et que, soudain, je redécouvre une vieille bouteille oubliée de la cuvée Hommage à Jacques Perrin du Château de Beaucastel, avec ses treize cépages — cet exemple est malheureusement une pure fiction…
Le cerveau des mammifères analyse en permanence le monde alentour à la recherche de récompenses et la dopamine est le signal que l’une d’elles a été trouvée. Si nous n’étions pas prisonniers de cadres sociaux et culturels, la dopamine guiderait la plupart de nos comportements, en provoquant la sensation de plaisir. Elle a un double rôle : non seulement elle génère une sensation agréable grâce à une libération d’énergie, mais elle permet aussi de stocker l’information qui mènera de nouveau à cette sensation dans le futur**.
C’est pour cela qu’on se souvient si bien des grands vins qu’on a bus, alors que 99 % de nos faits et gestes quotidiens sont très vite éliminés de la mémoire. Cette dernière sélectionne ce qui a été intensément vécu.
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