1 400 ha, ce n’est pas rien. Pourtant, le vignoble du Diois demeure l’un des plus discrets et des plus singuliers de France. Situé dans la haute vallée de la Drôme, entre Alpes et Provence, son identité est très marquée : montagne, fraîcheur, calcaire, pétillant naturel, cépages inhabituels dans le Sud, grande coopérative historique, viticulture biologique développée et noyau dynamique de vignerons nature. Il s’étend d’Est en Ouest, le long de la Drôme, autour des villes et villages de Châtillon-en-Diois, Die, Barsac, Vercheny et Saillans.
Certes, le Diois se trouve au cœur de la Drôme et les vignes des Côtes du Rhône ne sont pas loin. Mais ses vins offrent un profil frais, aérien et minéral qui lorgne davantage vers le ligérien que vers le méditerranéen. Le Diois est longtemps resté isolé géographiquement, ce qui a permis de préserver certaines pratiques locales, une identité forte et des cépages traditionnels. Surtout, la combinaison du climat et des terroirs confère un caractère septentrional aux jus (altitude élevée, nuits fraîches, maturités lentes, acidités naturelles, faibles degrés alcooliques).
Le Diois donne parfois l’impression d’un vignoble resté hors du temps, loin des modes. Ici, la viticulture semble avoir échappé à l’accélération technologique du monde du vin. La montagne ralentit tout : les maturités, les rendements, les ambitions, le « progrès technique »… Les reliefs ont préservé la région du productivisme. Dans un monde viticole en surchauffe, le Diois est un refuge. C’est l’un des rares endroits où le vin nature paraît organiquement lié au territoire, dans une forme de continuité paysanne.
Une longue histoire
En pays diois, la viticulture remonte à l’époque gallo-romaine. La clairette de Die est peut-être le plus ancien vin effervescent du monde. Des textes de Pline L’Ancien évoquent déjà les vins naturellement pétillants de la région. Les Voconces plongeaient les jarres de vin dans l’eau froide des torrents, interrompant la fermentation et préservant une légère effervescence naturelle.
Le vignoble du Diois a atteint son apogée au XIXe siècle, avant que la crise phylloxérique le frappe de plein fouet et diminue de 80 % sa superficie. La clairette de Die et le mouvement coopératif l’ont sauvé.
Aujourd’hui, le mouvement du vin naturel contribue à son renouveau. En plein centre-ville de Die, rendez-vous au Baraquilles pour un témoignage grandeur nature !
Un grand terroir
Dans le Diois, les sols sont essentiellement composés de calcaires, marnes grises ou noires et terrasses alluviales. Les contreforts tourmentés du Vercors offrent des expositions et des inclinations diverses et variées. L’exposition Sud le long de la rive droite de la Drôme, dominée par de hautes falaises, est privilégiée.
La principale caractéristique de ce vignoble est d’être montagnard, avec des vignes implantées à une altitude comprise entre 300 et 700 mètres — avec une moyenne de 450 mètres, ce qui en fait l’un des plus élevés de France. S’y ajoutent de fortes amplitudes thermiques et la conjugaison unique d’influences alpines (fraîcheur) et méditerranéennes (ensoleillement).
L’altitude agit comme une main invisible : elle retient l’alcool et libère la minéralité. Ces vins ont la fraîcheur des torrents descendant du Vercors. À l’heure du réchauffement climatique, les atouts du Diois sont immenses.
Clairette
Profitant d’un week-end de trois jours pour cause de 8 mai tombant un vendredi, nous partons en famille à l’aventure à travers le Vercors, jusqu’à Die. L’occasion d’explorer une région dont on ne connaît trop souvent que le pétillant naturel léger, doucereux et muscaté, mais qui ne manque pas de trésors vinicoles cachés (le muscat rouge de Côté Cairn*, les vins d’audace de Cécile Livenais (à Saillans), les vignes perdues de Saint-Benoît-en-Diois, sur la route de Saint-Nazaire-le-Désert…).
Le premier de ces trésors est peut-être la clairette — le cépage, pas le breuvage. « LA » révélation de nos dégustations. Nous nous sommes régalés avec de grands vins blancs vendus à prix d’ami. Je pense en premier lieu aux 100 % clairette de Nicolas Sinoir (domaine de l’Ubac) et Manuel Pineau. Des jus minéraux et profonds, harmonieux et complexes. Une matière ample mais jamais pesante, comme suspendue dans l’air.
Des blancs qui donnent moins l’impression d’être fabriqués que révélés. Longtemps reléguée derrière le muscat, la clairette retrouve sa noblesse originelle. Elle ne cherche pas l’exubérance ; elle parle le langage des reliefs et des rochers.
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