Šipon Amfora, par Matija Žerjav (Matic Wines)
Štajerska, Slovénie
2023, Furmint
Dégusté le 27 avril 2026 à 21 heures, jour fruit, lune descendante
Les marges du mondovino sont souvent ses derniers refuges. Certains pays demeurent « sous les radars » bien qu’ils apportent beaucoup à la diversité des vins grâce à des cépages, des usages et des techniques qui n’ont pas encore été envahis par la mondialisation œnologique. Je pense à la Suisse, l’Autriche, la République Tchèque, la Slovaquie, la Grèce, la Géorgie, la Roumanie, la Bulgarie, l’Arménie, la Croatie…
Et puis il y a la Slovénie. Discrète, mais essentielle. Ce pays m’intéresse d’autant plus que, comme la Géorgie, il possède une très vieille tradition de blancs de macération. Mais on ne saurait l’y réduire. Si l’Ouest des Balkans se trouve aux mêmes latitudes que l’Italie, ses traditions viticoles font plutôt penser à l’Autriche et à la Hongrie.
Comme au Liban ou en Géorgie, la viticulture slovène a été fortement impactée par l’histoire, en l’occurrence par quatre décennies de collectivisme yougoslave. La Slovénie fut la première des anciennes nations yougoslaves à déclarer son indépendance, en 1991. Et son vin a toujours été bu et reconnu en Europe de l’Ouest. Aujourd’hui, avec ses cépages et ses terroirs particuliers, elle est de plus en plus scrutée par les amateurs de jus sortant des sentiers battus.
On y cultivait déjà la vigne il y a 2 500 ans, avant l’invasion romaine. Puis des auteurs romains, au Ier siècle, ont vanté les vins de la région du Karst, le long de l’Adriatique. Une légende locale raconte que des croisés, en route pour la Terre sainte, auraient été subjugués par les nectars locaux, au point de renoncer à se battre au nom de Dieu et préférer s’établir en ces lieux afin de jouir des délices de cette vie. Il faut dire qu’ici les climats méditerranéen, continental et alpin se rencontrent et que les grands terroirs calcaires ne manquent pas.
La Slovénie, nouvel eldorado des vins naturels
La Slovénie est devenue un foyer majeur du vin nature, surtout dans les régions de Brda, Vipava et Štajerska. On y trouve des vignerons pionniers et radicaux tels que Stanko Radikon (référence des vins oranges libres), Dario Princic (autre figure des vins ambrés), Peter Podversic (connu pour ses macérations longues), Ales Kristancic (Movia, un domaine biodynamique historique), Zmagoslav Petrič (Guerila, chantre de la biodynamie), Primoz Lavrencic (Burja, dans la vallée de Vipava), Marko Fon (en Sežana, où naissent de grands blancs) ou Uros Rojac (en Istrie).
N’oublions pas Joško Gravner qui, même s’il s’est installé côté italien, est culturellement slovène et mondialement connu pour ses macérations longues en qvevris, son acceptation de l’oxydation et son refus définitif de la modernité œnologique.
Tous ces vignerons n’ajoutent presque rien. Et c’est précisément pour cela que tout apparaît. Ils ne produisent pas des breuvages à boire, ils délivrent des expériences à vivre. Ils inspirent la vinosophie et nombre d’entre eux ont déjà colonisé ma cave.
L’épicentre dynamique des vins nature slovènes se trouve dans la région de Brda, aux portes de Trieste, où domine le ribolla gialla, aux côtés du pinot gris, du friulano, du sauvignon, du malvazija istarska, du refosco et du merlot. Cette contrée, qui tend à ne faire qu’un avec les provinces de Gorizia et Trieste (dans le Frioul), offre au monde une autre vision du vin. Même à l’époque du Rideau de fer, il était difficile de savoir où s’arrêtait l’Italie et où commençait la Slovénie. Tout œnophile doit s’aventurer un jour du côté de cette petite région italo-slovène qu’est l’Istrie.
Plus généralement, la Slovénie mérite qu’on s’intéresse à elle, au moins par bouteilles interposées. Elle conserve une culture paysanne très vivante, avec de fortes transmissions familiales, et a moins que d’autres été contaminée par l’industrialisation et l’uniformisation. Ici, le vin naturel est organique et plutôt préservé du marketing creux.
La Slovénie n’a pas adopté le vin naturel, elle ne l’a jamais vraiment quitté. C’est probablement l’un des rares endroits où la tradition et la liberté ne s’opposent pas, mais se prolongent.
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