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Pop Wine
8 8 min read

Mendall – Un vent de liberté

Espartal BP 2, par Laureano Serres Montagut (Mendall)

Terra Alta, Catalogne

2021, garnacha peluda

Dégusté le 21 avril 2026 à 21 heures, jour racine, lune ascendante

Par flacon interposé, je rencontre aujourd’hui une figure des vins nature espagnols : Laureano Serres Montagut. Esprit libre, iconoclaste et inclassable, véritable chef de file, il a présidé l’association des vins naturels d’Espagne et a participé à la création de la Brutal Wine Corporation (avec Joan Escoda Sanahuja, Rémi Poujol et Anthony Tortul). Dans son petit village d’El Pinell de Brai, il organise le H2O Vegetal, l’un des salons des vins les plus courus d’Espagne. Seuls y sont acceptés les projets sincères, sans artifices ni tromperies.

Avec son sens du collectif et une joie de vivre contagieuse, Laureano fait beaucoup pour le vin nature et pour les vins catalans.

Son histoire rappelle celle de nombreux vignerons heureux : quelqu’un qui ne se destinait pas aux métiers de la vigne et du vin finit par répondre à l’appel de la terre ; dès lors, il n’imagine pas travailler autrement que de façon durable et peu interventionniste, sans s’équiper d’un vaste arsenal techno-chimique.

Laureano était programmeur informatique à Madrid lorsqu’il ressentit le besoin de changer d’air et de retrouver sa région natale. Après un court passage par la coopérative locale, il commença à produire ses propres vins sous l’étiquette Mendall en 1999.

Mendall est le nom de la maison natale de la mère de Laureano. Car tout, ici, absolument tout, a un sens et converge dans la même philosophie conjuguant amour de la terre, joie des hommes et attachement aux racines. Rien n’est décoratif, tout est nécessité.

Garnacha peluda

La cave de Laureano, minuscule, se trouve en plein centre d’El Pinell de Brai — petite cité calme, poussiéreuse et saoulée de soleil qui évoque le far-west. On y accède par une route qui serpente le long des contreforts de la vallée de l’Èbre. Ce lieu aride constitue l’épicentre improbable de la scène viticole catalane.

Nous sommes au Sud de la Catalogne, non loin de l’Aragon et de la mer. Ici, le grenache est roi. Cela tombe bien : j’ai toujours eu un petit faible pour ce cépage, surtout lorsqu’il s’exprime dans le registre du fruit frais — oui, il en est capable ! Certes, j’ai surtout un faible pour les vins dans lesquels un grand cépage rencontre un grand terroir et un grand vigneron. Cette heureuse conjoncture devrait se retrouver dans la bouteille que j’ouvre aujourd’hui.

Il s’agit de la cuvée Espartal BP 2. Elle est le fruit d’un clone typiquement local : le garnacha peluda. Cela n’est pas anodin : n’oublions pas que les caractères variétaux attachés à certains cépages proviennent souvent du monopole de quelques clones sélectionnés. La standardisation par les clones a malheureusement appauvri le goût du vin.

Si on laisse sa diversité s’exprimer, un même cépage peut présenter des visages très différents. Par exemple, savagnin et gewurztraminer appartiennent à la même famille génétique, tout comme pinot noir et pinot gris, chardonnay et chardonnay muscaté* etc. En viticulture, on considère qu’une mutation stable peut donner lieu à un nouveau cépage. Il faut dire que rien ne ressemble moins à une vendange tardive de gewurztraminer qu’un savagnin ouillé du Jura.

Le garnacha peluda, lui, est parfaitement adapté à ce terroir solaire et venteux où il vit depuis des siècles.

L’étiquette, précise, indique 12,44 % d’alcool. Je m’interroge, le climat étant aride, surtout dans la parcelle d’où vient ce vin. Vendanges précoces et jus qui s’annonce déséquilibré ? Miracle de la biodynamie et des vignes dont les racines puisent très en profondeur la fraîcheur qui manque en surface ? Effet du cépage puisque le garnacha peluda est réputé mieux adapté à la chaleur et à la sécheresse, donnant des vins plus frais, moins capiteux et plus fins que le grenache ordinaire ?

Viticulture et vinification 100 % naturelles

À l’instar de Massimo Marchiori et Antonella Gerosa (Partida Creus), Laureano Serres Montagut a souhaité travailler à l’ancienne, sans chimie et sans technologie. Un seul mot préside au travail de ses cinq hectares de vignes : respect. La biodynamie était une évidence. Par la vie des sols et la vie des jus, Laureano recherche la fraîcheur. Cela est facilité par l’implantation des vignes sur des coteaux argilo-calcaires, entre 200 et 400 mètres d’altitude — nous sommes dans le village le plus en altitude de toute l’appellation Terra Alta.

Ici, tous les travaux sont effectués à la main. S’agissant de la conduite de la vigne, Laureano a opéré un choix radical qui lui a valu bien des sarcasmes, avant qu’on ne se rende compte qu’il portait ses fruits : pour lutter contre les rayons brûlants du soleil, il laisse pousser librement les sarments dont les feuilles protègent ainsi les raisins. Avec des ceps taillés en gobelet, cela donne un aspect négligé au vignoble, mais les vignes sont dans un parfait état sanitaire et aucun stress excessif n’est à déplorer. Du pur et simple bon sens.

Mon vin du jour provient de la parcelle Espartal, un coteau exposé plein Sud. Ici, les rendements sont minimalistes : entre 15 et 20 hl/ha. Les jus sont naturellement intenses et profonds.

Aucun soufre n’est ajouté à aucun moment, quoi qu’il en coûte. La légende raconte qu’en 2002, Laureano a oublié de sulfiter ses vins et que ceux-ci se sont avérés délicieux, détendus, débridés. C’est pourquoi il aurait décidé de s’en passer pour toujours.

Bien sûr, pas de levurage, pas de filtration, pas de correction. Rien. Le non-interventionnisme poussé à ses extrémités. L’engagement est total, Laureano refuse tout compromis. Il compte au nombre de ces vignerons qui ne veulent pas « faire du vin » et pour qui le risque est une méthode.

L’intervention rassure l’homme ; l’abstention libère le vin.

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