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Bu
3 3 min read

Jeux de vins, Voilà 2023

Bu est la rubrique des petits billets dans lesquels le vin est vécu autrement, de façon sensible et débridée. Ces textes sont en accès libre pour tous.

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Si tu penses qu’un vin est un être vivant…

Que la dégustation est un art de vivre…

Que boire est un acte politique…

Et qu’un vin peut changer une vie…

Tu es vinosophe !

Vinosophia, un projet indépendant, alternatif et engagé au service des vins vivants.

Ça m’intéresse.

→ Un vin vivifiant

→ Bu, rebu, et encore bu…

→ Sa signature : l’harmonie lumineuse

→ L’émotion dominante : la frustration passagère

Un orange, encore un ! Puisque c’est à chaque fois une aventure étonnante-détonnante, pourquoi se priver ? Je le goûte à midi : il me paraît sévère, il refuse presque le dialogue. La bouteille reste là, aux deux tiers vide. Le soir venu, je lui donne une seconde chance ; et c’est un autre vin, une autre histoire. Quelle leçon : un vin peut changer radicalement de visage grâce à l’aération. Il était fermé et énervé ; le voilà jovial et charmant.

Bien sûr, il faut se méfier des oxygénations excessives, surtout lorsque le vin est âgé. On ne peut pas revenir en arrière. Mais, très souvent, une heure d’aération (parfois trois, parfois une demi-journée) permet au vin de se détendre et de s’exprimer pleinement. Quand le vin est jeune et vivant, il ne faut pas hésiter à dégainer la carafe. En l’occurrence, la manière dont ce jus a gagné en élégance et en distinction après une demi-journée passée à l’air libre est phénoménale.

Certains vins ne parlent pas aux gens pressés. Il faut parfois plusieurs heures pour qu’un vin devienne lui-même. L’oxygène est un révélateur. Cette dégustation me confirme que le vin vit. Elle m’apprend qu’il est le temps incarné. Certains vins hésitent, ne se livrent pas spontanément, il faut négocier avec eux, leur montrer qu’on les mérite.

Je me concentre donc sur le Voilà du soir. C’est un voyage parmi les fleurs, les fruits et les épices d’Orient. Petite décharge acide, très salivant. Harmonieux et gourmand. Une matière qui glisse plus qu’elle ne pèse. Et une finale tout en douceur fruitée. Les tanins sont devenus polis, le perlant s’est évaporé, l’acidité volatile s’est mise en retrait, l’aromatique et la minéralité se sont épanouies. Tout est devenu plus calme et plus profond.

Quelques heures plus tôt, je l’aurais qualifié de « funky » ou de « rock’n’roll », sans que ce soit un compliment, plutôt une manière de dire « c’est un vin nature qui n’en fait vraiment qu’à sa tête ». À présent, je dirais qu’il est vibrant, exotique et délicatement floral. Le défaut ou le malaise, parfois, n’est qu’un moment mal choisi. Et puis l’imprévisibilité des vins vivants est ce qui fait tout leur charme.

Voilà assemble gewurztraminer, muscat, auxerrois et sylvaner macérés durant deux semaines et élevés en foudre. Cette cuvée fait partie de la série Jeux de vins, le négoce nature de Julien Albertus (domaine Kumpf & Meyer). Son principe ? « Permettre à des vignerons qui n’étaient pas habitués à faire des vins libres, mais qui en avaient l’envie, de passer le cap ».

Pas de stratégie ni de business plan, les collaborations jaillissent spontanément au fil des rencontres et des amitiés. Presque un bac-à-sable — et les étiquettes d’une simplicité enfantine ne disent pas autre chose.

Voilà a été réalisé par Luc Leininger (domaine Leipp-Leininger). Vigneron qui, dans la vieille cité viticole de Barr, a résolument pris le virage des blancs de macération. Il est l’exemple parfait d’un vigneron qui, ayant hérité d’un domaine où l’on produisait des vins traditionnels, s’oriente petit à petit vers un interventionnisme minimal, cela afin de suivre la demande du public, mais aussi et surtout répondre à ses propres attentes.