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Bu
3 3 min read

Ariane Lesné, Picrochole 2022

Bu est la rubrique des petits billets dans lesquels le vin est vécu autrement, de façon sensible et débridée. Ces textes sont en accès libre pour tous.

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→ Un vin pur

→ Bu les yeux fermés

→ Sa signature : l’intensité juteuse

→ L’émotion dominante : la curiosité

L’étiquette affiche fièrement « argiles à silex sur tuffeau ». On dit que rien ne sied mieux au pineau d’aunis, ce cépage ligérien historique. Donc un vin de terroir, un vrai de vrai ? Goûtons…

Cette robe… Ce nez… L’impression d’avoir devant moi un beau pinot. Mais non, c’est un pineau. Un pineau qui pinote. Une déflagration de fruit vibrant. Ce n’est pas un bouquet, c’est une poussée, une fièvre, une danse endiablée.

Le cliché du « panier de fruits rouges » retrouve sa dignité. Et toutes les familles répondent à l’appel : les fleurs, les épices, les végétaux… Il ne manque que les boisés-grillés. Peut-être ne s’estiment-ils pas à leur place en ces lieux.

La bouche est d’une redoutable élégance poivrée… Mais, soudain, surgit une armée de tanins énervés. Il faut négocier, parlementer, être patient. Une heure plus tard, les voilà beaucoup plus calmes. Ils me laissent entrer. Ce vin se mérite. Je profite alors de la minéralité des silex et du fruit croquant.

Un pineau d’aunis joyeux, certes, sapide, sans doute, mais avec beaucoup de fond. Je compte parmi les adorateurs de ce cépage détonnant. J’adore sa personnalité, son dynamisme, son flow. Ce n’est pas cette fois qu’il me décevra. Ce Picrochole, c’est du rock’n’roll qui a la grande classe ! Un vin libre qui n’en profite pas pour n’en faire qu’à sa tête. Et la curiosité devient une forme d’ivresse.

Élevage de dix mois en cuve, tout simplement. La promesse du terroir est tenue. Il s’exprime à l’état pur. C’est droit, c’est net, c’est bon.

Ariane Lesné, l’auteure, fut tout d’abord agent de vignerons en région parisienne. Puis elle devint vigneronne elle-même, dans les coteaux du Vendômois, en 2014. Cadre idyllique : une cave troglodyte en bord de Loire — où ce serait un sacrilège de ne pas laisser les levures des lieux accomplir la glorieuse métamorphose.

Ses vignes sont conduites sans chimie de synthèse. En cave, Ariane vinifie naturellement, sans dogmatisme, au fil du bon sens.

Elle n’a pas choisi ce coin de Touraine par hasard. Ici, le pineau d’aunis est roi. Or elle est tombée amoureuse de ce merveilleux cépage en dégustant le millésime 2005 d’Emile Hérédia. Elle n’hésita pas une seconde lorsque, Emile désirant rejoindre la clairette du Languedoc, l’occasion se présenta d’hériter de son patrimoine de vieilles vignes.

Elle but son vin, puis habita ses vignes. Comme quoi un vin peut conduire à une terre et changer une vie. Entre Ariane et Emile, il y eut transmission par les liens du goût. Elle n’a pas repris un domaine, elle a prolongé un geste.

Picrochole, le nom d’un roi colérique pour un vin de caractère. Un personnage rabelaisien. Rabelais, qui s’y connaissait en canons de Loire, ne refusait jamais un verre de beau pineau poivré. D’ailleurs, il n’aurait pas commenté ce vin. Il l’aurait bu.

« Bu », le nouveau nom de cette chronique. Inaugurée par Ariane Lesné.