Sakmiela-Kamuri Amber, par Dato et Tariel Kobidze (Kobidze’s Marani)
Gourie, Géorgie
2021, sakmiela 50 %, kamuri 50 %
Dégusté le 9 avril 2026 à 19 heures, jour fruit, lune ascendante
Le goût n’est pas une norme. C’est une expérience. Goûter un vin géorgien, c’est presque à chaque fois l’assurance d’un formidable voyage. Parce que c’est loin, la Géorgie. Et parce que les vins de ce pays sont dépaysants pour nos palais habitués à certaines saveurs trop lisses et trop propres.
Certes, on peut s’aventurer du côté des vins du « Nouveau Monde ». Ils viennent de plus loin encore : Australie, Afrique du Sud, Argentine… Mais on est généralement déçu de retrouver un velouté-concentré-vanillé bien familier — sauf lorsque le vin est le fruit d’un artisan comme Louis-Antoine Luyt.
Certes, en Géorgie comme ailleurs, il faut creuser un peu pour éviter de se faire une idée fausse. 95 % des vins géorgiens sont industriels. Ceux-là pourraient très bien venir d’ailleurs. Mais, dans les 5 % restants, que d’heureuses expéditions à mener ! Dans mes recherches, mis à part la France et l’Italie, je ne crois pas avoir parlé d’un pays davantage que de la Géorgie.
C’est peut-être la plus ancienne tradition vinicole au monde. Une chance qu’elle soit encore vivante. Là-bas, on laisse les vins se faire durant des mois dans de grandes jarres enterrées et scellées (les fameux qvevris). Mais la viniculture géorgienne ne se limite pas à cela. Les Géorgiens dégustent dans des gobelets, portent des toasts à tour de bras, boivent les vins qu’ils ont envie de boire, en se moquant des étiquettes et des modes…
Ici, on boit avec gourmandise, en toute simplicité et en toute convivialité, sans chercher à mettre des mots sur les sensations. On sait bien que « traduire, c’est trahir ». La tradition du supra, sorte de banquet ritualisé, m’a tellement marqué que j’ai utilisé ce mot dans le titre d’un de mes ouvrages de philosophie.
Il y a tant de choses à dire à propos de la Géorgie, fascinant pays où le vin trouve sa juste place. J’y ai consacré mon dernier article. Aujourd’hui, en guise d’illustration, focus sur l’un d’entre eux. Si les vins géorgiens sont originaux, mon vin du jour est un original parmi les originaux.
La Gourie, une autre Géorgie
J’ai le plaisir de rencontrer un vin de Gourie. Cette région se trouve tout à l’ouest du pays, sur la Mer Noire. On est donc loin de la Kakhétie, région vinicole la plus célèbre de Géorgie, qui se situe de l’autre côté du pays. D’ailleurs, en Gourie, on n’a ni les mêmes cépages ni les mêmes usages qu’en Kakhétie.
Avec un climat humide et semi-tropical, la Gourie semble peu propice à la production de vin. Pourtant, à l’intérieur des terres et sur les contreforts du Caucase, la viticulture est pratiquée depuis des millénaires — comme en témoigne la découverte de vestiges archéologiques.
L’ère soviétique, marquée par le productivisme à outrance et l’oubli du passé, a failli sonner le glas des vieux cépages géorgiens et d’une culture plurimillénaire. Heureusement, quelques acteurs ont résisté et la Géorgie est devenue un des pays les plus fascinants pour tout amateur de vins naturels et authentiques.
Si le chkhaveri (cépage rouge) est la fierté des habitants de Gourie, mon vin du jour est composé à parts égales de sakmiela et de kamuri, deux cépages blancs que je ne connaissais pas. En 2015, le vigneron, Dato Kobidze, a créé un conservatoire de cépages rares et autochtones, craignant de les voir disparaître. Sakmiela et kamuri en font partie. Autant dire que la probabilité de goûter un tel vin n’est pas la même que celle de boire du chardonnay ou du sauvignon.
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