VY, par Massimo Marchiori et Antonella Gerosa (Partida Creus)
Penedès, Catalogne
2021, vinyater
Dégusté le 29 mars 2026 à 21 heures, jour fruit
Un récent séjour dans l’une des capitales mondiales des vins nature : Barcelone. Quelques soirées mémorables au sein d’établissements dont le raffinement et l’originalité des tapas répondent à ceux des jus : L’Ànima del Vi, PetNat, Brutal, Salvatge.
Et la dégustation de quelques nectars mémorables, en particulier la Cuvée Brutal de Nacho Gonzalez (La Perdida), un grenache au caractère inouï, séveux, palpitant, mystérieux. L’Espagne nature est en grande forme.
Ce séjour catalan a également été l’occasion de refaire le plein en cuvées de la bodega Partida Creus, domaine en passe de devenir iconique chez les amateurs de vins vivants.
Moins d’intervention, plus d’intention, plus d’attention
Partida Creus a été fondé par un couple d’Italiens originaire des Langhe : Massimo Marchiori et Antonella Gerosa. En 2001, lassés du tumulte de la ville — ils ont d’abord mené des carrières d’architectes à Barcelone —, ils décident de changer radicalement de vie et s’installent à Bonastre, petite ville du Penedès, aux portes de Barcelone. Ils y rénovent une vieille maison abandonnée, en pleine nature.
Ils désirent cultiver leurs propres aliments et vivre en harmonie avec la nature. Cela commence par le respect des cycles biodynamiques et des phases lunaires, par le refus de la précipitation moderne. Au départ, ils souhaitent uniquement produire des fruits et des légumes. Comme le dit Massimo : « Pour nous, rien n’est plus important dans la vie d’un homme que la qualité de ce qu’il met dans son corps ».
Mais, détail important, les vins locaux ne répondent pas à leurs attentes : trop techniques, trop standards, sans personnalité. Ils décident alors de faire leurs propres vins, pour leur consommation personnelle. De fil en aiguille et de jus bluffant en nectar pétaradant, ils se sont imposés parmi les vignerons phares de Catalogne.
Dans leur éco-domaine (le chai a été construit avec des matériaux recyclés), on conçoit le vin tel un lien puissant entre la nature et l’humain. Aucune concession n’est faite qui pourrait entraver l’expression pure des raisins et des terroirs. Le vin commence bien avant la cave. Tout est mis en œuvre pour préserver la vitalité des vignobles et la vie dans les vignes. La biodiversité n’est pas un décor, c’est une condition du goût.
En cave, les interventions sont minimales, les outils et les pratiques sont traditionnels. L’œnologie moderne n’a pas sa place. Aucun produit chimique n’a jamais franchi la porte de Massimo et Antonella. Et tout est fait à la main, de l’entretien des vignes, avec l’aide de leurs amis Orazio et Vincenza (un âne et une mule), à la vinification.
On ne sera pas étonné d’apprendre que nos vignerons heureux sont des membres actifs de Slow Food, mouvement originaire du Piémont comme eux.
Les initiales du vin
Deux lettres. L’essentiel. Comme si le vin refusait les digressions hasardeuses et les longs discours creux. Les étiquettes de Partida Creus, reconnaissables entre toutes, sont d’une épure magnifique : deux grandes initiales au pochoir. On a envie de les collectionner.
La contre-étiquette insiste sur les éléments garants de la naturalité du vin : « vendanges manuelles », « fermentation en levures indigènes », « non filtré, non clarifié », « embouteillé à la main ». Puis vient la liste des ingrédients : « 100 % jus de raisin. Sans sulfites ajoutés ». Les jus de Partida Creus sont naturels de A à Z, de la terre à la bouteille. Ici, on observe, on fait confiance, on laisse faire.
Massimo et Antonella n’apprécient guère les macérations prolongées et l’extraction à outrance — le contact des jus avec les peaux dure de trois à sept jours pour les vins rouges. Et ils évitent les élevages qui marquent les vins. Bref, ils refusent tout ce qui, ailleurs, sert à compenser les carences initiales des jus. La richesse de leurs vins vient simplement et directement de celle de leurs raisins. L’ensemble de la vinification et de l’élevage se déroule dans des cuves en acier ou dans de vieux contenants en bois, afin de préserver la pure expression des cépages et des terroirs.
Il en résulte des vins frais et délicats, juteux et vibrants, parfaits pour fêter la vie et envoyer paître le stress et la violence des hommes mal dans leur monde. Chaque bouteille est la promesse d’une expérience unique. D’autant plus que vous ne trouverez pas ici de cépages mondialisés.
Un conservatoire de cépages oubliés
À Bonastre, Massimo et Antonella découvrirent un trésor caché : des vignes abandonnées issues d’une étourdissante variété de cépages autochtones, presque disparus. Ils commencèrent par retrouver du sumoll, dans une petite parcelle proche de la maison. Jadis cépage le plus planté de la région, il fut banni des appellations contrôlées en raison du manque de couleur de ses vins et de ses rendements trop aléatoires. Aujourd’hui, d’aucuns le décrivent tel le « pinot noir catalan », ce qui est plutôt un compliment.
Massimo et Antonella décidèrent de faire revivre ces vignes et d’en tirer les jus les plus authentiques. Il ne servirait à rien de sauver de vieilles vignes capricieuses installées dans de petites parcelles entourées de forêt si tout n’était pas mis en œuvre pour que chaque vin ait son caractère propre, en évitant toutes les manœuvres visant à lisser et maîtriser les expressions particulières. Partida Creus devint ainsi le spécialiste des vins de cépages autochtones.
Quelques cuvées : SO (samso), UL (ulldellebre), TP (trepat), BB (bobal), GT (garrut), SM (sumoll), XL (xarel·lo), PR (parellada rosa), MC (macabeu), SP (subirat parent), CX (cartoixá vermell). Chaque cépage que l’on oublie est une langue du goût qui disparaît. C’est à chaque fois un peu de couleur qui quitte le monde.
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