Semplicemente Vino Rosa, par Ilaria Bellotti (Cascina degli Ulivi)
Novi Ligure, Piémont
2024, syrah et muscat
Dégusté le 15 juillet 2026 à 13 heures, jour feuille, lune descendante
Tous ceux qui ont vu le film Résistance naturelle de Jonathan Nossiter ont été marqués par le charisme du principal protagoniste : Stefano Bellotti. Il y a notamment cette scène dans laquelle il compare une motte de terre issue d’une de ses parcelles avec une autre prélevée dans la parcelle d’un voisin travaillant à grand renfort de produits phytosanitaires et d’engins mécaniques. Le jour et la nuit. La vie et la mort.
Les vins de Stefano jouissent depuis longtemps d’une grande réputation, parce qu’ils sont délicats et distingués, préférant l’émotion à la démonstration, en rupture avec la mode des vins puissants et boisés, et parce qu’il fut un pionnier de la biodynamie et de la vinification naturelle.
On pourrait voir en lui l’alter ego italien de Pierre Overnoy. À la différence près que, si le vigneron de Pupillin prolonge le plaisir au-delà des 90 ans, Stefano, lui, a quitté cette terre qu’il aimait tant avant même d’avoir pu souffler ses 60 bougies. Injuste, absurde et funeste existence… La vie ne reconnaît pas toujours ceux qui l’aiment.
Un homme libre
À la fin des années 1970, âgé de seulement 18 ans, Stefano Bellotti reprend la ferme familiale, avec un hectare de vignes, dans les collines de Novi Ligure, entre Alexandrie et Gênes. Ici, à la frontière entre Ligurie et Piémont, où les sols acides et ferreux sont peu propices à la plupart des autres cultures, un imposant vignoble alimentait jadis tout l’empire romain.
Spontanément, n’ayant aucune formation œnologique, Stefano s’oriente vers la vinification naturelle, sans aucun intrant. Il explique : « J’ai eu la chance de rencontrer les derniers vignerons locaux, héritiers d’un savoir-faire ancestral et gardiens de pratiques traditionnelles. Ils m’ont appris des choses que je n’aurais jamais pu apprendre ailleurs. Je considère cet héritage comme un véritable trésor ».
Stefano fait preuve de courage et de persévérance car, à l’époque, la valeur ajoutée de l’authenticité n’existe pas. Quelques années plus tard, il fait le choix de la biodynamie. Il devient ainsi l’un des pionniers de l’application des principes de Rudolf Steiner à la viticulture. Dans une Italie fermée à de telles pratiques, il introduit le calendrier lunaire et utilise du compost et des préparations biodynamiques.
Il parle de « biodiversité » et de « durabilité », des mots que peu de monde est prêt à entendre. Heureusement, il devient ami de Jean-Pierre Frick et de vignerons alsaciens défendant une approche similaire à la sienne. Cela lui permet de ne pas se sentir seul et renforce sa détermination.
Précurseur, visionnaire, il explique que ses choix ne furent pas seulement instinctifs, mais aussi attachés à des motivations politiques : « Voir que l’agriculteur — qui est pour moi l’être le plus libre qui soit, car il vit au grand air et au contact des plantes, du ciel, de la pluie, de la neige — était victime d’un chantage : “Achetez un sac, puis un autre, puis encore un autre”, afin de créer une dépendance totale à l’égard de l’industrie chimico-pharmaceutique, cela m’a rendu méfiant. Si la fermentation du raisin peut se faire naturellement, pourquoi faire autrement ? Pourquoi recourir à des artifices quand un processus naturel, connu et suivi, permet d’obtenir de meilleurs résultats ? ». Chaque intrant est une dépense et une dépendance supplémentaires.
Voilà qui rappelle l’histoire de Pierre Overnoy, dont la famille faisait depuis toujours du vin sans rien d’autre que du raisin. Ayant suivi une formation « viti-vini » à Beaune, il décida de sulfiter les vins et ceux-ci devinrent fermés et durs. Dès qu’il revint aux pratiques de ses parents, ses jus retrouvèrent leur caractère délié et expressif.
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