Verdanel, par Myriam, Bernard, Romain et Florent Plageoles
Gaillac
2019, verdanel
Dégusté le 8 juillet 2026 à 19 heures, jour feuille, lune ascendante
Pilier de la viticulture gaillacoise créé en 1805 par Jules Plageoles sur les coteaux de Cahuzac-sur-Vère, le domaine Plageoles fait partie de ces quelques incontournables, de ces tauliers, de ces cadres de Vinosophia. Bernard Plageoles, t-shirt à l’effigie du « Che » et accent chantant, est de la trempe de ces vignerons qui ont mis à profit leur notoriété pour faire avancer la cause des vins vivants, des vins originaux, des vins à rebours de leur époque. Pour cela, le bon goût de ses jus a parlé pour lui ; et il n’a pas hésité à apparaître dans la presse et à la télévision ou à publier un livre-manifeste*.
Homme de conviction connu pour son franc-parler et sa générosité, il appartient à cette poignée de vignerons exemplaires et précurseurs, à ce titre souvent cités dans mes livres de vinosophie. Désormais, Florent et Romain, ses fils, poursuivent son œuvre dans les 35 hectares que compte ce domaine phare des vins sans fard.
Il sera régulièrement question du domaine Plageoles dans Vinosophia. Leur incroyable vin de voile est d’ores et déjà au programme, tout comme l’inoubliable Vin d’Autan, passionnant passerillage sur souches et sur claies d’ondenc, à la fois dense et aérien, à la complexité inouïe et dont il se dit qu’il est « aussi bon qu’un Yquem ». Mais j’ai aussi investi dans le mauzac roux et doux, dans le Terroirists Climatique, dans le Terroirists de Printemps et dans le Mauzac Nature, modèle de pétillant naturel. Rares sont les vignerons dont je possède autant de cuvées différentes. Chacune de leurs bouteilles est un argument contre l’uniformisation.
Le marché et l’œnologie rêvent d’un consommateur universel ; ici, on célèbre les buveurs singuliers. Aujourd’hui, je me concentre sur un vin qui résume à merveille le travail des Plageoles afin de réhabiliter les cépages historiques de Gaillac et défendre les terroirs : le Verdanel.
Richesse ampélographique
Voici des vignerons qui s’engagent pour la diversité. Cela passe par une culture biologique et biodynamique, par l’encouragement de la vie dans et autour des vignes, mais aussi par la sauvegarde du patrimoine ampélographique.
Robert puis Bernard Plageoles ont été à l’origine du renouveau du vignoble gaillacois, notamment en sauvant et en promouvant les variétés locales oubliées (mauzac vert, mauzac rose, mauzac roux, ondenc, loin de l’œil, muscadelle, verdanel, prunelart, duras, braucol et mauzac noir). Les cuvées sont pour la plupart mono-cépages et parcellaires, afin de conserver les particularités de chacun.
S’agissant du verdanel, il s’agit d’un cépage blanc parent du savagnin, présent dans le Tarn depuis des siècles. C’est l’un des plus rarissimes cépages de France. Il aurait disparu si les Plageoles ne l’avaient pas replanté au début des années 2000, alors qu’il ne figurait même pas au catalogue des cépages autorisés. Aujourd’hui, quelques jeunes vignerons de Gaillac s’intéressent au verdanel, notamment du côté de l’Enclos des Braves. Et on trouve une autre cuvée de pur verdanel au domaine de Labarthe.
Des milliers de cuvées de chardonnay dans le monde ; deux ou trois seulement de verdanel. Le curieux saura où porter son verre. L’un rassure, l’autre intrigue. Le chardonnay est devenu une langue internationale. Le verdanel demeure un dialecte secret. Lorsqu’un cépage s’éteint, c’est une parole du vin qui disparaît. Chaque gorgée de verdanel est une victoire contre l’oubli et contre la standardisation. L’ampélographie est aussi une écologie de l’imaginaire.
Permettre à la terre et au raisin de s’exprimer
Comme pour la plupart des cuvées signées Plageoles, les rendements sont faibles (30 hl/ha), le mode de taille est le gobelet (traditionnel dans la région de Gaillac, mais interdisant toute utilisation de la machine à vendanger), toutes les plantations s’opèrent au moyen de sélections massales rigoureuses et on applique l’adage « un binage vaut deux arrosages », ainsi que la méthode « Cousinié » — qui se concentre sur la nutrition des plantes et les apports en oligo-éléments**.
En cave, la vinification est minimaliste afin d’offrir un vin épuré dans lequel seuls le sol, le climat et la vigne s’expriment : levures indigènes, pressurage direct, fermentation malolactique, un an d’élevage en cuve avant une mise en bouteille sans collage ni filtration, avec une dose homéopatique de sulfites.
Ainsi accède-t-on à l’expression la plus franche, la plus directe, la plus pure du cépage et du terroir argilo-calcaire du plateau gaillacois.
Nectar d’empyrée
Il n’y a pas que dans le ciel des dieux qu’on peut trouver un tel trésor sapide. Les hommes aussi y ont droit. Alors fermons les yeux, et profitons, tout tranquillement…
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