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Pop Wine
8 8 min read

Cantina Orsogna – Naturel et collectif

Ancestrale Malvasia Orange, par Cantina Orsogna (Lunaria)

Abruzzes

2023, malvasia

Dégusté le 20 mai 2026 à 18 heures, jour fruit, lune ascendante

Grande est la joie de l’amateur lorsqu’il rencontre d’excellents vins à petit prix ! En l’occurrence, voici un blanc de macération délicieux, gourmand, mais aussi intense et complexe. Je l’avais acheté pour une poignée d’euros chez le caviste, « pour voir ». Je ne suis pas déçu du voyage, c’est un vrai vin de lieu, vibrant et au caractère bien trempé. J’ai rarement accédé à ce type de jus vivant et fringant à un prix aussi modique.

Il rappelle une vérité devenue presque subversive : l’émotion n’est pas proportionnelle au prix. À l’heure où tant de bouteilles de prestige s’expriment par leur coût plus que par leur goût, voici un vin qui raconte un paysage, un climat, des énergies.

Un modèle de coopération vertueuse

Ce n’est pas tous les jours qu’une coopérative est à la une de Vinosophia. La Cantina Sociale Orsogna est installée dans la petite bourgade qui lui donne son nom, dans les Abruzzes, à 15 kilomètres de la mer Adriatique. Elle regroupe 300 viticulteurs et près de 1 500 hectares de vignes, entièrement certifiées bio. Elle a été créée en 1964, lorsque 35 vignerons se sont associés afin de pallier la forte fragmentation agricole de la région et assurer la pérennité des petites exploitations familiales.

Elle entama une complète transition vers l’agriculture biologique dès 1995. Depuis, elle n’a cessé d’être précurseur à de nombreux niveaux, prouvant que l’on peut être rentable tout en étant vertueux et que, dans certaines conditions, quantité et qualité ne s’opposent pas.

Des vins nature de coopérative

Lorsqu’on pense aux coopératives, on est tenté de faire un raccourci simpliste mais pas toujours faux : en sortent de paradoxaux vins d’appellation enrichis, acidifiés, trafiqués de mille manières, jouant le jeu de la mondialisation du goût et du formatage des palais des consommateurs. Jamais de fermentation en levures indigènes, des filtrations traumatisantes et des doses de soufre qui, au nom de la sécurité, bâillonnent les jus.

La Cantina Orsogna suit une autre voie, en particulier à travers sa marque Lunaria, créée en 2010. Celle-ci regroupe des coopérateurs qui, engagés dans l’agriculture biologique, ont souhaité aller plus loin et pratiquer et défendre la biodynamie. Ils avaient bien conscience que, pour façonner des vins naturels et vibrants, tout se déroule à la vigne. Si les raisins ne sont pas sains, s’ils ne proviennent pas d’une terre riche en formes de vie variées, s’ils n’ont pas grandi dans un environnement harmonieux, jamais ils ne pourront fermenter spontanément et donner du vin — à moins de les y forcer en recourant aux trésors de l’œnologie moderne.

Ces coopérateurs (près de la moitié de tous ceux qui font partie de la cantina sociale) favorisent ainsi, au-delà des pratiques classiques de la biodynamie, la coprésence d’animaux d’élevage dans les vignes (notamment des moutons), la revitalisation des sols, une gestion optimale de la matière organique et une utilisation minimale, voire nulle, du cuivre.

Ici, la coopération ne dilue pas les identités : elle les protège. La Cantina Orsogna démontre qu’une structure collective peut produire autre chose que du consensus œnologique. Elle rejoint ainsi Les Vignerons d’Estézargues sur la très courte liste des coopératives travaillant naturellement à la vigne et en cave — d’autres proposent certes des cuvées « sans sulfites ajoutés », mais en recourant à tout un tas de produits chimiques et de technologies préjudiciables en remplacement du soufre.

La gamme Lunaria repose sur des raisins biodynamiques, une fermentation spontanée et une vinification naturelle avec filtration et sulfitage à la mise en bouteille. S’y ajoute la gamme Lunaria Ancestrale : des vins authentiques et savoureux sans la moindre once de SO2 ajoutée et sans filtration. Ici, la fermentation spontanée apparaît moins comme un dogme que telle la conséquence logique d’un écosystème préservé.

Comme on peut le lire sur le site web (biocantinaorsogna.it, qui fourmille d’informations et d’explications), « la terre n'est pas un substrat “inerte”, mais un véritable organisme vivant capable d’assimiler, de métaboliser et de transformer les éléments présents dans la nature, les libérant sous forme de molécules complexes qui constituent des nutriments uniques et irremplaçables. Un vaste écosystème palpite sous nos pieds. La vie du sol est essentielle à la nutrition des plantes ; en cultivant naturellement sur des sols vivants, sains et fertiles, nous obtenons des raisins couverts d’une riche vie microbienne, et le vin se fait naturellement. La vie microbiologique du vignoble permet des fermentations réussies en cave, et le maintien d’un vignoble sain est essentiel à la production d’un vin biodynamique à fermentation spontanée. L’utilisation de fongicides conventionnels affaiblit les populations de levures, sélectionne des souches autres que les levures indigènes et rend la fermentation difficile ». CQFD : quel coopérateur oserait ensuite demander un retour à l’agriculture conventionnelle ?

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