Bordaxuria blanc, par Elorri Reca et Brice Robelet (domaine Bordaxuria)
Irouléguy
2022, petit manseng, gros manseng et petit courbu
Dégusté le 7 octobre 2026 à 19 heures, nœud lunaire
Tant de régions viticoles ont des trésors à offrir. Côté Pays Basque espagnol, des vignerons passionnés et passionnants obtiennent de divins nectars grâce à des cépages autochtones installés sur des terroirs magiques. Nous devrons impérativement visiter, par flacons interposés, cette Espagne du nord qui regorge de surprises aussi agréables les unes que les autres.
Pour l’heure, me voici, également par bouteille interposée, dans la partie française du Pays Basque. Du côté d’Irouléguy, on propose depuis longtemps des vins fameux, des vins de lieu, des vins qui racontent des histoires, des vins qui se tiennent loin de la mondialisation du goût. On trouve dans ces jus la montagne, l’océan, et puis l’âme d’habitants dont les noms sont des voyages à eux tout seuls.
Irouléguy, vin de tensions
L’appellation Irouléguy, située en Basse-Navarre autour de Saint-Jean-Pied-de-Port et de Saint-Étienne-de-Baïgorry, constitue le seul vignoble AOP du Pays Basque français. Avec environ 250 hectares, elle demeure l’une des appellations viticoles les plus confidentielles. Nombre d’amateurs n’ont jamais eu l’occasion de déguster de l’irouléguy.
Petit par la taille, mais immense par le caractère. Ici, les vignes ne se déploient pas paresseusement sur de grandes plaines. Elles s’accrochent aux coteaux, parfois en terrasses, dans un paysage de moyenne montagne où le travail manuel conserve une place essentielle. Le relief impose sa loi. La pluie aussi. Le climat est fortement océanique, avec une pluviométrie importante. Mais à la fin de l’été et à l’automne souffle l’Haize Hegoa, le vent chaud et sec venu du sud, qui favorise la maturation des raisins.
La personnalité du vin trouve son origine dans ces contradictions permanentes. Le vin basque est un vin de tensions. Il fascine en ce qu’il parvient à conjuguer harmonieusement des contraires : montagne et océan, force et fraîcheur, tradition et expérimentation, rigueur et liberté.
C’est peut-être cela, au fond, un vin de lieu : un vin qui ne cherche pas à effacer ses contradictions pour devenir plus facile.
Bien sûr, ces vins ne sont pas faits pour suivre les modes. Ils préfèrent devenir tranquillement eux-mêmes. Ils ont besoin de temps pour se révéler et ils refusent tout nivellement, toute artificialisation et tout mimétisme.
Voici des qualités inspirantes : prendre le temps et être soi-même. Nous vivons dans une civilisation de l’immédiateté et de l’homogénéité. Nous voulons consommer de suite et comme les autres. Boire un verre d’irouléguy, c’est vivre une aventure unique. Le vin industriel cherche la reconnaissance immédiate, facile. Le vin de lieu, lui, prend le risque de la singularité. L’uniformité rassure. La surprise émeut.
Viticulture héroïque
Il y aurait bien sûr le domaine Arretxea, qui travaille en agriculture biologique depuis 1998, et même en biodynamie, qui entretient de magnifiques parcelles en terrasses au pied du Jara. Michel Riouspeyrous explore différentes expressions du terroir. Ses vins ont l’accent, ils ne laissent pas indifférent.
Tel est également le cas chez Elorri Reca et Brice Robelet. Leur domaine, fondé en 2014, comporte dix hectares de vignes divisées en 108 terrasses sur des sols de schiste et de grès rouge très drainants. Nous sommes face à Saint-Jean-Pied-de-Port, sur les pentes escarpées de l’Arradoy. La déclivité atteint par endroits 60 %.
Au cœur des Pyrénées basques, le vignoble d’Irouléguy est bien l’un des plus spectaculaires de France. On peut parler, sans aucun doute, de viticulture héroïque. Dans le vignoble du domaine Bordaxuria, il y a 300 mètres de dénivelé entre les vignes les plus basses et les plus hautes, et des amplitudes thermiques très importantes entre le jour et la nuit.
Les conditions sont réunies pour obtenir de beaux vins aux personnalités diverses et complexes. D’autant plus que les rendements sont naturellement faibles, souvent inférieurs à 30 hl/ha. Ici, la rareté n’est pas recherchée, mais imposée par les lieux. Les roches sont souvent affleurantes et imposent des conditions exigeantes à la vigne — qui aime ça et donne le meilleur d’elle-même dans ces conditions.
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