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Coups de canon
7 7 min read

Martin Vajčner – Écouter, méditer, dériver

Amphora River Sediments, par Martin Vajčner

Moravie, République Tchèque

2021, palava, riesling, grüner veltliner, malvasia, pinot gris

Dégusté le 9 juin 2026 à 20 heures, jour feuille, lune ascendante

Nous sommes aujourd’hui dans la région de Znojmo, dans le sud-est de la République Tchèque, non loin de la frontière autrichienne. La Moravie cultive depuis des siècles une tradition viticole méconnue — elle concentre plus de 95 % du vignoble tchèque. Ses collines douces, ses sols variés (calcaires, loess, argiles ou dépôts alluviaux) et son climat continental tempéré offrent des conditions particulièrement favorables à la vigne, surtout en ces temps de réchauffement climatique. Voici un vignoble sans mythe, mais pas sans mystère.

Longtemps dominée par une production orientée vers les coopératives et les rendements élevés, la région connaît une véritable renaissance. Une nouvelle génération de vignerons rompt avec le productivisme et l’uniformisation pour retrouver le goût des lieux. Martin Vajčner* en est l’un des plus brillants représentants. Et sa cuvée Amphora River Sediments est un fleuron magistral, un vin intense et harmonieux, auquel rien ne manque, et en même temps prodigieusement original. Le vin nature dans ce qu’il est capable de produire de plus éblouissant.

À mille lieues des noms prestigieux inaccessibles et des classiques ressassés, la Moravie rappelle qu’il existe encore des terres où le vin se découvre avec l’émerveillement des premiers voyages. N’hésitons pas à explorer cette Europe viticole méconnue, mais profondément vivante, où le vin demeure une aventure culturelle et humaine et où les rapports qualité/prix tiennent parfois du miracle.

Le vin dans les veines

Martin Vajčner est le dernier représentant d’une longue lignée de viticulteurs. D’ailleurs, le vin est ici une affaire de famille : les vinifications et élevages se déroulent dans l’impressionnante cave souterraine de son grand-père — aux allures de bunker —, tandis qu’oncles, cousins ou neveux prennent part aux travaux dans les vignes et aux vendanges. Son père a dirigé durant des décennies la plus grande entreprise vinicole du pays, sans rompre avec l’artisanat local. Il est aujourd’hui fier des vins de son fils, ancrés dans leurs terroirs.

Martin a étudié dans l’unique école d’œnologie de République tchèque, à Valtice. Mais il a très vite pris le virage du vin nature, sans compromis : « Vous savez comment c’est, une fois qu’on a pris goût au vin naturel, il n’y a pas de retour en arrière possible, que ce soit en tant que consommateur ou en tant que vigneron », explique-t-il dans un sourire qui le caractérise.

Tout à la vigne

En 2018, Martin crée son propre domaine. Celui-ci compte désormais 8 hectares de vignes entretenues avec des méthodes biodynamiques et réparties en une dizaine de petits îlots bordés de chênes, de hêtres, de pins sylvestres, de prunelliers et autres églantiers. Pour protéger ses vignes, il utilise uniquement du soufre et les tisanes d’un producteur biodynamique local. Toutes les parcelles sont enrichies par des cultures de couverture, ce qui exige un important travail manuel.

« Je veille à ce que mon activité soit en harmonie avec la nature, explique Martin. Je m’attache à préserver la biodiversité, car un sol sain et vivant permet de produire des raisins d’une qualité exceptionnelle ». Pour que le vin soit bon, le secret n’en est plus un : « Tout se passe dans la vigne. Il ne s’agit pas seulement d’avoir des raisins sains. En fait, il faut juste que les vignes se sentent bien… Ensuite, on vendange avant qu’il ne soit trop tard, et voilà ».

Les bons raisins font les bons vins. Qui en doute encore ? Martin explique que 95 % de son travail se déroule dans les vignes et seulement 5 % dans la cave. Cette dernière ne corrige rien. Elle se borne à polir ce qui a été construit ailleurs.

La créativité naturelle

Dans le chai, justement, on trouve de vieilles barriques, des cuves rectangulaires en céramique récupérées dans une usine voisine, des qvevris enterrés, des bonbonnes en verre, mais pas de cuve inox car Martin n’apprécie guère ce matériau.

Toutes ses cuvées sont vinifiées en levures indigènes, sans soufre et sans filtration. Son but : laisser la nature et les terroirs parler. Il attache beaucoup d’importance à l’approche parcellaire. Et il n’hésite pas à innover, essayer, changer… En quelques années et avec quelques hectares de vignes, il a déjà proposé un nombre impressionnant de cuvées différentes, dont beaucoup sont véritablement uniques.

Martin Vajčner fait ainsi partie des figures du mouvement nature en République Tchèque, aux côtés des pionniers Jaroslav Osička** ou Dobrá Vinice.

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