Côte-du-Rhône grande réserve 2015, Merlot 2010, Clairette 2021 et Parisy 2020, par Emmanuel Reynaud (Château des Tours)
Dégustés le 26 avril 2026 à 19 heures, jour fleur, lune ascendante
Des vins fins, élégants, subtils, photographies de leurs terroirs et de leurs millésimes. Des vins à la fois hors normes et hors du temps — mais auxquels le temps confère une sève inimitable. Des vins qui vous transportent quelque part entre Sarrians et Damas, un cours de civilisations méditerranéennes dans un flacon. Des vins au paroxysme du raffinement et de la distinction. Des vins d’auteur et de lieu. Tels étaient, tels sont et tels seront les vins d’Emmanuel Reynaud.
Certes, d’aucuns ne veulent plus entendre parler des vins des Reynaud : ils sont trop à la mode, tout le monde en veut — ils sont devenus hyper spéculatifs. Cela ne retire rien à leur personnalité formidable et à l’excellence du travail qui se cache derrière.
Depuis sa disparition le 25 novembre 2025, beaucoup d’éloges mérités ont été adressés à Emmanuel Reynaud, propriétaire des châteaux Rayas, de Fonsalette et des Tours. Parmi les vinosophes, on sait que la meilleure manière de se souvenir d’un vigneron est de boire ses vins, en pleine conscience et en se laissant porter par leurs nuances éphémères et fragiles.
Alors nous avons rendu notre hommage vinosophique à Emmanuel Reynaud par une soirée agrémentée de quatre délicieux nectars du Château des Tours. Le texte qui suit parle ainsi de vins vivants, ce n’est pas une nécrologie.
Des vins de secret
Emmanuel Reynaud était la discrétion incarnée. Les secrets de ses vins ont toujours été bien gardés. Chez lui, cela relevait presque d’une éthique du vin.
Si les labels et les certifications n’ont pas droit de cité au Château Rayas ou au Château des Tours, Emmanuel Reynaud comptait au nombre de ceux pour qui le vin naît à la vigne et il n’y a pas de beaux vins sans beaux raisins. Des vignes en grande santé, des sols débordant d’énergie et un terroir à qui l’on donne la chance de s’exprimer : telles sont les conditions premières de l’alchimie. Le rôle du vigneron n’est pas de dompter et corriger le vivant mais de veiller sur lui et de l’accompagner.
En cave, la « patte » de M. Reynaud, c’était une vinification peu interventionniste, enclenchée par les levures des lieux et sans enrichissement ou correction, bref sans intrants. D’ailleurs, les commissions d’agrément n’ont pas toujours goûté au caractère naturel de ses vins, au point de disqualifier à plusieurs reprises les vacqueyras.
Par ailleurs, pas de manipulations superfétatoires, pas de filtration ni de collage, des fermentations longues, des doses de SO2 réduites, une pratique douce de la vendange entière, l’infusion préférée à l’extraction, une garde prolongée avant et après la mise en bouteille… Bien sûr, pas de boisé qui gâcherait le résultat, mais des élevages dans de très vieux foudres et de très vieilles barriques — certaines ont 80 ans — permettant aux jus d’évoluer grâcieusement.
Derniers éléments clés : des rendements contenus, une futaille qui ne reste jamais vide et des vendanges manuelles et minutieuses.
Vendanges tardives
Chez les Reynaud, les vendanges sont tardives, très tardives, pour obtenir des jus intenses et soyeux, aux arômes complexes et à l’harmonie parfaite. La prise de risque est forte, mais, quand le sol n’est pas chargé de sels chimiques, que la vie souterraine participe au drainage des pluies, que les racines ont poussé normalement sans être entravées par la chimie, les pluies ne sont pas forcément un problème pour les vendanges.
Une vigne saine boit raisonnablement, se rafraîchit sans se gaver. Les pluies peuvent faire perdre jusqu’à 1,5 degré d’alcool, rendant le vin plus digeste et aérien. Sur des sols vivants et bien structurés, certaines pluies pré-automnales peuvent contribuer à l’équilibre des raisins.
La maturité phénolique est le meilleur témoin du mûrissement intégral des baies, mais le vigneron peut décider de récolter plus tôt ou plus tard afin de produire un style de vin particulier. Aujourd’hui, certains « experts » veulent de la « digestibilité » et jettent l’opprobre sur la surmaturité. Or Emmanuel Reynaud avait l’habitude de récolter ses raisins en dernier, bien après ses voisins.
S’agissant du Château Rayas blanc, il n’hésitait pas à attendre que les raisins soient confits, presque botrytisés, pour les récolter. Plus un fruit est mûr, plus il a de parfum et de goût et moins il agace le palais.
À tous les niveaux, si certains vignerons se reposent sur la technique et les analyses, les plus grands sont passés maîtres dans l’attente et la patience, la retenue et l’abstention. Bien sûr, l’équation ne se résume pas qu’à des considérations chronologiques. Pour obtenir des vins fins et frais, il convient de travailler le plus naturellement possible à la vigne et au chai.
Quand les terroirs parlent
Voici le legs d’Emmanuel Reynaud à la viti-viniculture : obtenir les plus grands vins suppose de comprendre et maîtriser à la perfection le nuancier des terroirs. Assembler les cépages, c’est très sympathique. Mais c’est en assemblant les terroirs qu’on réalise un travail d’orfèvre. Ou en laissant un terroir exceptionnel s’exprimer sans l’entraver, sans le diriger, sans le brider.
Du Château Rayas au Château des Tours, on a donc misé sur les vins de lieu, préservés des technologies nivelantes.
On croisait rarement Emmanuel Reynaud en ville ou lors des salons car il ne se sentait nulle part aussi bien qu’au milieu de ses vignes. Son engagement : veiller sur leur écosystème, notamment sur les bois alentour qui préservent fraîcheur et humidité, au bénéfice des grenaches ; encourager la biodiversité ; accorder les plus grands soins au matériel végétal.
Il préférait logiquement les sélections massales, trouvant de grandes différences avec les clones en termes de finesse des vins. Et il pratiquait l’art de la taille. Par exemple, il conservait de petits parasols de feuilles afin de protéger les grappes du soleil et éviter l’effet « usine à sucre ».
Surtout, Emmanuel Reynaud a toujours travaillé chaque parcelle comme un jardin. Il est resté fidèle à des moyens techniques d’un autre temps, rudimentaires, émanations directes du « bon sens paysan ». Le terroir commence là où finit la recette toute faite. Les grands vins sont des révélations, pas des fabrications.
Dans ces conditions, même le merlot change de visage et se soumet au terroir, tandis que le cinsault, longtemps cantonné aux rosés sans vie, atteint ici des sommets de lumière et de précision. Le seul moyen d’obtenir des vins alliant à ce point profondeur et délicatesse, complets, dans lesquels rien ne manque, incomparables aux jus monolithiques et caricaturaux vendus parfois beaucoup plus cher, est de tirer le meilleur de sols et de sous-sols qui n’ont pourtant, entre Vacqueyras et Uchaux, rien d’extraordinaire.
Rayas, au paroxysme de la finesse naturelle
Pour laisser faire la nature, il faut une certaine confiance en son terroir et en ses raisins, mais aussi avoir œuvré en amont, depuis des années voire des décennies, afin que les fruits soient beaux, sains et forts. Certains caricaturent encore les vins nature comme des « vins de fainéants ». Pourtant, il faut souvent travailler cent fois plus à la vigne pour pouvoir intervenir cent fois moins en cave.
Ceux qui ne disposent que de raisins vides, ternes, sans énergie, sont obligés de déployer des trésors d’ingénierie pour en tirer du vin. La liberté d’expression n’a toujours concerné que ceux qui ont quelque chose à dire. Les raisins aussi ont leur éloquence, à condition d’être bien vivants.
En même temps, tous les vignerons adeptes du pur jus savent qu’il arrive un moment où le néo-vin a besoin d’un soutien humain pour s’épanouir. Comme chaque cas est particulier, rien ne remplace le mélange d’expérience et d’intuition du grand vigneron, qui sait reconnaître les signes d’un jus serein et ceux d’un vin qui commence à s’essouffler.
Château Rayas constitue à mon goût l’une des expressions les plus accomplies du vin libre et naturel. C’est un grenache de lumière, irradiant, un « chambertin méditerranéen » rendu possible par la réunion de nombreux facteurs exceptionnels : un arrière-grand-père (d’Emmanuel Reynaud) séduit, en 1880, par une heureuse conjugaison de bois et de garrigue baignés de soleil, un vallon exposé au nord et protégé du feu du ciel par des bosquets, un sol de sables marins, fins et légers, une fraîcheur unique dans la région, des rendements permettant d’extraire la substantifique mœlle du raisin, une fidélité aux gestes ancestraux, des macérations douces qui s’apparentent à de l’infusion de fruits, une vinification en grappes entières pour que tous les éléments du raisin apportent leur pierre à l’édifice, beaucoup de temps donné au vin, une lignée de vignerons résolus à servir la nature plutôt qu’à s’en servir.
En résulte un vin qui murmure plus qu’il ne proclame, qui n’écrase pas le dégustateur mais agrandit sa sensibilité, qui tire du soleil la lumière mais pas la puissance.
Humilité et accessibilité
Celui qui a un jour la chance de pousser la porte de Rayas n’en croit pas ses yeux : un des vins les plus recherchés au monde provient d’une cave « dans son jus », simplissime avec sa vieille futaille grisonnante et son équipement presque archaïque. Mais l’authenticité ne naît-elle pas de l’authenticité ? Ce châteauneuf-du-pape serait-il toujours aussi délicat si l’on remplaçait la vieille cave par un chai futuriste-fantaisiste, suivant la tendance de certaines régions ?
La modestie et l’humilité d’Emmanuel Reynaud, alors que ses vins se revendent plusieurs centaines d’euros la bouteille, montrent que le vin est un milieu dans lequel les vrais passionnés demeurent loin du luxe et du paraître. Auguste Escoffier enseignait déjà que « le but est la perfection et les moyens pour l’atteindre sont la simplicité et l’honnêteté ».
Les grands vignerons sont à la fois humbles et charismatiques, simples et curieux, libres et généreux, plus proches de la quiétude de la nature que du bouillonnement des hommes. Ils sont en perpétuel dialogue avec leur environnement. C’est ainsi qu’ils peuvent nous offrir des jus uniques qui sont autant d’interprétations singulières de leurs terroirs.
Mais leur malheur est que leurs vins vieillissent de moins en moins dans les caves d’autres passionnés humbles et modestes. On ne peut qu’avoir en horreur les vins bus non tels des produits de la culture mais comme des indicateurs de luxe. Il y a quelque chose de triste à voir de grandes cuvées devenir de simples marqueurs sociaux. Trop de vins, à force de prestige et de haut de gamme, se sont coupés des amoureux du vin. Emmanuel Reynaud a toujours voulu éviter cela.
De ce point de vue, son mérite est immense : avoir fait des vins pour ceux qui ont les moyens de les apprécier et non pour ceux qui ont les moyens de les payer. Jusqu’à aujourd’hui, les prix sont restés sages — je parle bien sûr des prix à la cave et non de ceux pratiqués par les revendeurs qui n’hésitent pas à appliquer des coefficients allant de x5 à x10.
Et les bouteilles ont toujours été réservées en priorité à ceux qui, avant tout effet de mode, avaient goûté et apprécié leur sève particulière.
Le temps fait le vin
Emmanuel Reynaud avait un rapport au temps particulier, propre aux meilleurs vignerons qui savent qu’un grand vin suppose de belles vignes, un sol vivant, un climat favorable, une juste dose d’accompagnement humain… et du temps, parfois beaucoup de temps. La patine temporelle est un facteur essentiel de l’élégance. Le temps n’est pas un ennemi du vin, il est son co-auteur. Il polit les grands vins comme la mer polit les pierres.
Rien n’intéressait plus M. Reynaud qu’essayer de deviner ce que ses vins allaient devenir 5, 10 ou 20 ans plus tard. Pour cela, il laissait le vin s’aérer longtemps. Puis il s’attardait sur les effluves demeurant dans le verre vide, considérant qu’elles permettraient de lire dans l’avenir du vin.
D’ailleurs, il n’hésitait pas à commercialiser ses cuvées au bout de cinq à dix ans, pour éviter que des buveurs pressés ne se fassent une mauvaise idée de leurs qualités.
La lenteur est peut-être la plus grande noblesse du vin dans un monde qui n’a de cesse d’accélérer. Leur rapport au temps unique et singulier est ce qui rend les Rayas, Fonsalette et autres Château des Tours très à part dans le mondovino. Plus généralement, le vin vivant réintroduit du tragique, du fragile et du sensible chez des êtres obsédés par le contrôle. Un verre de grenache Reynaud est le meilleur antidote à la robotisation des hommes.
L’art de la dégustation
Autre legs du vigneron : déguster des vins libres, énergiques, vibrants, suppose de la curiosité. On peut être dérouté à la première gorgée, il faut accepter qu’un vin ait un goût unique et original. On déguste alors des secrets. Certes, quarante années de chimie, d’additifs et de technologies œnologiques ont déformé et formaté les goûts et les palais. Les producteurs de vin ont participé à la mondialisation et à la société de consommation.
Reynaud contre Parker, une version de la lutte contre la standardisation et pour l’authenticité. Chaque nouveau vin doit être abordé sans attente, sans apriori, le cœur ouvert et l’esprit libre, en pleine conscience, sans chercher à analyser, expliquer ou caser, en se détachant des cours de dégustation, en s’ouvrant au dépaysement, en se réjouissant de vivre de grandes et belles aventures gustatives.
Face au jamais-bu, il faut être disponible, accepter la déstabilisation et, parfois, la déception, quitter les sentiers battus, se risquer loin des autoroutes du goût, se laisser absorber par l’inédit, se réjouir des surprises réservées par des vins parfois capricieux et parfois audacieux, timides ou extravagants, toujours libres.
Il convient aussi, et peut-être surtout, de revenir aux choses simples, sans chercher à intellectualiser, sans vouloir afficher un savoir précieux. Les plus grands vins exigent moins des connaissances que de la disponibilité intérieure.
J’aurais aimé parler de dégustations naïves, hédonistes ou sensuelles avec Emmanuel Reynaud. Il savait que l’émotion vaut mille fois mieux que l’analyse. Il appartenait à cette race rare de vignerons qui préfèrent écouter leurs vins plutôt que parler d’eux. Bien déguster, c’est accepter qu’une part essentielle du réel échappe aux protocoles, que ce qui touche n’est pas forcément ce qui s’explique.
Quatre visages du Château des Tours
C’est ainsi que nous avons goûté, en fermant les yeux et en pensant à M. Reynaud dans ses vignes, quelques-uns de ses délicats nectars.
Un Côte-du-Rhône grande réserve 2015, tout d’abord. Sommet de raffinement, d’harmonie et d’intensité. Un des plus grands vins que j’ai eu la chance de boire dans ma vie ! Moi qui suis amateur de grenache, je le découvre ici sous son plus beau jour : quand, par son fruit juteux et sa fraîcheur distinguée, il lorgne du côté de la Bourgogne. Ce vin pinote magistralement. La framboise confite rivalise avec la fameuse fraise écrasée. Je ne crois pas qu’un côte-du-rhône puisse être meilleur, à ce point profond et aérien à la fois. On est d’ailleurs beaucoup plus proche d’un « petit Rayas » que d’un côte-du-rhône générique. Aucun mot ne saurait traduire la sensation d’extrême épanouissement procurée.
Puis un merlot de 2010, baroque et loin des modes. D’une grande complexité, avec une aromatique à la fois classique, regardant sans gêne du côté de Bordeaux, et des accents originaux évoquant des sous-bois riches de nombreux champignons, ainsi qu’une pointe fumée. Il y a surtout une matière concentrée, veloutée. Beaucoup de chair et une sucrosité gourmande. Un vin gastronomique, de grande classe, à la longueur en bouche immense. Il surpasserait bien des crus classés depuis des siècles. Avec ce vin, Emmanuel Reynaud aura prolongé l’œuvre de son père qui avait cru dans le potentiel du merlot en Provence*.
Vient ensuite un blanc : 100 % clairette, millésime 2021. Un jus gras, ample, mûr, distingué grâce à ses fins amers. Un voyage dans un champ où les fleurs côtoient les arbres fruitiers et où s’épanouissent les abeilles, donnant un miel délicieux. Le temps ne semble pas avoir d’emprise sur ce vin. Il faudrait le regoûter dans cinq ans pour découvrir un autre univers, sans doute tout aussi palpitant.
Enfin, un rosé hors normes, ou plutôt un clairet : le fameux Parisy 2020, « vin de table » élaboré à partir de grenache et de cinsault. Puissant, généreux, « vineux » — si tant est que cet adjectif ait un sens pour qualifier un vin. L’aromatique signature du domaine des Tours est bien là, ce fameux fruité décadent teinté de fleurs fanées. On trouve aussi quelques accents d’un vieux rhum, et on se laisse transporter… Encore une fois, cette longueur en bouche remarquable qui signale les grands vins — lorsqu’elle trouve sa source, comme ici, dans le fruit et non dans le bois.
La leçon de M. Reynaud
C’est au Château des Tours qu’Emmanuel Reynaud a expérimenté de nouvelles manières d’accompagner la vigne et le vin. Et ce sont ces expérimentations qui lui ont plus tard permis d’affiner la personnalité de Rayas. Goûter un vin du Château des Tours, et a fortiori un grenache, c’est déjà quelque chose de mémorable.
D’ailleurs, sa plus grande fierté était peut-être le domaine des Tours et ses « vins de pays » qui permettent au plus grand nombre d’accéder aux résultats de son fabuleux travail, cette quête olfactive et tactile d’un fruit sain et bien mûr, sans lourdeur et sans fard.
Face à tant de louanges, terminons en reconnaissant que certains vins des Reynaud peuvent dérouter, qu’il s’y trouve une part de mythe, surtout dans Rayas, et que leur esthétique n’est pas universelle. C’est bien pour cela que ce sont de grands vins et non des vins « bien faits » fidèles aux canons du goût moderne uniforme.
Anecdote rapportée par Emmanuel Reynaud dans la Revue du Vin de France : « Mon oncle Jacques Reynaud s’est occupé du domaine de 1978 jusqu’à son décès en 1997. Il faisait parfois passer des tests de dégustation aux clients, en leur proposant, sans rien dire, des vins des coopératives voisines. Si l’amateur faisait part de son désappointement, alors seulement il lui servait du Rayas » — histoire de ne pas donner de la confiture aux cochons ni du jus de terroir à des buveurs de soda.
De même, Emmanuel Reynaud n’appréciait guère ceux qui suivent la mode pour la seule raison qu’elle est la mode, et encore moins les collectionneurs et les spéculateurs. Une bouteille perd son âme quand elle devient un simple actif. Les meilleurs vins ne devraient pas dormir dans des coffres mais trôner au milieu des tables, entourés de buveurs hédonistes. Autant qu’il l’a pu, M. Reynaud a défendu cette cause et cherché à transmettre ses vins à des personnes sensibles à la finesse gastronomique.
Il nous laisse moins une leçon d’œnologie qu’une leçon de présence et d’attention : écouter les terroirs, être patient, servir le vivant et ne jamais confondre sophistication et vérité. Ses vins nous enseignent que la distinction suprême réside dans l’accord fragile entre la nature, l’homme et le temps.
Il y a longtemps, c’est grâce aux vins du Château des Tours que j’ai compris qu’un simple jus de raisin fermenté peut trôner au sommet du raffinement gastronomique. Alors merci, M. Reynaud. Vous étiez, sans le savoir et avant l’heure, un ambassadeur des vinosophes.
* Précisons qu’Emmanuel Reynaud a repris le Château des Tours de son père et le Château Rayas de son oncle.