→ Un vin pur
→ Bu en bonne compagnie
→ Sa signature : l’harmonie lumineuse et la profondeur minérale
→ L’émotion dominante : la justesse
J’ai toujours un petit a priori positif lorsqu’on me dit « riesling », plus encore lorsqu’on précise « riesling d’Alsace », et plus encore lorsqu’on ajoute « riesling d’Alsace biodynamité ». L’authenticité possède un goût que la technologie ne sait pas reproduire. Et cela est d’autant plus vrai s’agissant du riesling. Ce cépage ne pardonne rien : il révèle autant la grandeur du terroir que les artifices de la cave.
Le riesling que je goûte aujourd’hui est signé par le domaine André Kleinknecht, phare parmi les phares de l’Alsace nature. André fait partie de la « bande de Mittelbergheim », l’un des plus beaux villages viticoles de France, aux côtés de Jean-Pierre Rietsch, Catherine Riss et Lucas Rieffel.
La famille Kleinknecht y cultive la vigne depuis 1621. André et ses enfants, Fanny et Jules, ont opté pour la biodynamie au début des années 2010, influencés par Jean-Pierre Frick. Ils ont compris qu’un grand vin ne peut pas venir d’autre chose que de grands raisins, donc d’une terre pleine de vie, en harmonie avec les énergies environnantes.
On recourt au cheval, qui évite de comprimer la terre, et on protège et stimule les vignes grâce à des décoctions d’ortie, de valériane, de prêle, de pissenlit ou de consoude. Ainsi, on ne force pas la nature ; on lui redonne les moyens de déployer toute son intelligence.
En cave, la philosophie est radicale : lorsque les raisins sont beaux, ils doivent pouvoir raconter leur histoire. Vinifications naturelles, levures indigènes, aucune filtration, aucun SO₂ ajouté.
Un poil exotique, un autre citronné, ce jus de riesling est ciselé, net et droit. Son acidité le porte avec élégance, elle donne l’élan sans voler la vedette au fruit. Sa matière reste aérienne et énergique. Il possède surtout une admirable finale saline qui murmure « terroir… ».
On l’imagine avec de la cuisine asiatique ou antillaise. En l’occurrence, il aura accompagné un apéritif convivial et caniculaire. Dans une telle atmosphère, ce vin sincère et vibrant touche en plein cœur. Les sourires se dessinent sur les visages, les conversations deviennent plus intenses, on rit, on danse, on vit. Un tel vin riche de sa pureté est un vin de joie.
Comme tous les grands rieslings, celui-ci ne cherche pas la puissance mais la justesse, l’harmonie, la nuance. Il ne souhaite pas impressionner le dégustateur, mais il émeut par son authenticité. Sans artifice, sans ostentation, il exprime un terroir, un cépage et une philosophie où la nature conserve toujours le dernier mot. Goûter ce riesling, c’est partager une certaine vision du vin. Celle d’un vigneron pour qui le rôle de l’homme est d’accompagner la vigne et la nature, pas de les dominer.
Toute la classe de l’Alsace sans sucre et sans soufre est résumée dans ce vin capable de marier noblesse et décontraction. En Alsace, lorsque le terroir rencontre une viticulture respectueuse et sincère, la simplicité et la discrétion deviennent une forme d’excellence.
Le message des grands vins est fort parce qu’ils n’élèvent pas la voix. Plus un vin assume son origine, plus il devient universel. Un vin inoubliable est moins une démonstration de savoir-faire qu’une déclaration de confiance envers la nature. On quitte cette bouteille avec une conviction : la nature ne fait pas toujours les vins les plus parfaits, mais elle délivre les plus émouvants.
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