Si tu souhaites vivre l'expérience vinosophique la plus primaire et peut-être la plus essentielle, suis les conseils suivants :
* Tout d'abord, il faut du bon vin, donc du vin vibrant, profond et lumineux. Rends-toi chez ton caviste et demande-lui en priorité un vin blanc de macération (à mon sens, rien n'égale leur harmonie et leur complexité). Si tu préfères, choisis un oxydatif, un blanc minéral ou un rouge élégant, infusé. Dans tous les cas, le (ou les) vin(s) devra (devront) être prêt(s) à boire, ce qui suppose en général au moins quatre ou cinq années de vieillissement (parfois beaucoup plus).
Inutile de préciser que plus les vins possèdent de finesse naturelle et moins ils affichent de rigidité technique, plus ils seront capables de t'offrir de nobles émotions. Il s'agit alors de vins de méditation : des vins évolutifs, dynamiques, complexes, qui ont beaucoup de choses à raconter tout en étant savoureux.
* Crée la playlist officieuse de Vinosophia (durée : une heure) :
1° Sense, Waves of Life
2° Jangal, Ka Wadhwa
3° Musique Zen, Judith Gardet
4° Warm Winds, Eric Werin
5° Interlude "Enlève ton masque", Ana Moreau
6° Je voudrais tomber amoureux, Félix Radu
7° Isn't It Love I, Saez
8° Ferdi, Sofiane Pamart, Ferdi
9° Immigration, Armand Amar, The City of Prague Philarmonic Orchestra
10° Au Revoir, Ibrahim Maalouf, Golshifteh Farahani
11° If Only, The Marias
12° Fly (Sunrise Cut), Acoustic System
13° Le Grand Voyage, Mathieu Coupet
14° The Sound of Silence, Disturbed
15° And Nothing Is Forever, The Cure
Dans l'idéal, utilise un outil tel que "Mixer" de Spotify (avec le réglage "Auto") afin que les morceaux s'enchaînent naturellement, sans temps mort.
Bien sûr, tu peux aussi diffuser des musiques qui te tiennent à cœur, qui te font vibrer, et créer ta propre playlist.
* Il est possible de vivre cette expérience seul, à deux ou à plusieurs – mais il convient alors que tous les participants soient "motivés", prêts à se livrer totalement à leurs sensations et émotions, sans distraction.
* Prépare le vin : un carafage d'au moins une heure est généralement profitable, mais le plus important est la température de service : 12-14°C pour les vins oranges et les oxydatifs, 10-12°C pour les vins blancs, 14-16°C pour les vins rouges.
* Installe-toi à table, avec pour seule source lumineuse le scintillement d'une (ou plusieurs) bougie(s). À partir de maintenant, plus personne ne parle. Évite de manger durant l'expérience – qu'il vaut donc mieux aborder sans avoir le ventre vide.
* Sers un peu de vin. Dès que le verre se vide, resers le plus discrètement possible et tout en restant concentré. S'il y a plusieurs vins à déguster, passe de l'un à l'autre au bout de 20/30/40 minutes.
* Lance la playlist musicale et n'hésite pas à monter le son pour que les vibrations de la musique soient à la hauteur de celles du vin.
Durant les deux premiers morceaux (environ six minutes), détends-toi en respirant profondément et lentement, les mains posées sur la table et les yeux fermés, sans goûter le vin. Inspire par le nez et expire par la bouche, visualise l’air qui entre et qui sort de ton corps. L’enjeu est d’écarter toute distraction et toute pensée interférente, de canaliser ton attention, de faire le vide et laisser loin de toi l'agitation et les préoccupations du quotidien. Tu lâches prise, tu es apaisé et concentré, détendu et focalisé sur toi-même. Tu n’as plus ni attente ni apriori. Tes sens sont éveillés et ton esprit ouvert.
À partir du troisième morceau, commence à découvrir le vin, en fermant au maximum les yeux lorsque tu le goûtes – mais tu peux observer sa robe à la lueur de la bougie.
* Savoure l’harmonieux mariage du goût et du son, du vin et de la musique. Redouble d'attention juste après avoir avalé le vin, car c'est par sa longueur en bouche qu'il s'exprime avec le plus de délicatesse. Laisse ton intuition et ton imagination s'épanouir librement, sans jamais chercher à mettre des mots sur ce que tu vis. Les émotions sont sensuelles, organiques, physiques. Tu rêves, tu t'évades, tu médites.
* Si vous dégustez à plusieurs, mâchez le vin mais ne le grumez pas afin d'éviter les bruits très indélicats que cela génère. Vous pouvez utiliser des crachoirs individuels, mais, pour vivre l'expérience intensément, mieux vaut fusionner avec le vin et éviter la déconcentration liée au fait de devoir cracher.
Bien sûr, quiconque conduit ne boit pas plus de deux verres.
* Évidemment, ce sont là quelques indications initiales avec lesquelles il te revient de jouer : crée tes propres expériences et n'hésite pas, si tu ressents des émotions fortes, à m'indiquer le chemin que tu as suivi afin que je puisse l'explorer à mon tour (boris.barraud@vinosophia.fr).
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