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Coups de canon
9 9 min read

Laura Aillaud – Vin nu, saint nu

Qui j’ai rencontré

Tout feu tout femme, par Laura Aillaud

Luberon

2023, grenache

Dégusté le 24 février 2026 à 21 heures, jour racine, premier quartier*

La beauté : ce qui me plaît chez lui

Voilà une preuve de plus que la soi-disant lourdeur solaire des vins du sud de la France concerne essentiellement les vins technos. Dans le monde des vins nature, à l’instar de cette cuvée de Laura Aillaud, la fraîcheur manque rarement à l’appel. L’étiquette annonce d’ailleurs 12,5°. Il s’agit pourtant d’un rouge 100 % grenache. Une courte macération en grappes entières, suivie d’un élevage mêlant œuf béton, inox et vieilles barriques pendant six mois, donne naissance à un jus tout en élégance et en intensité, sans aucun débordement. Amers salivants et tanins poudrés sont au rendez-vous.

J’apprécie son amplitude contenue et sa distinction. J’aime surtout son fruit, superbe, pur, distingué, qui me rappelle pourquoi le grenache figure en bonne place dans le panthéon de mes cépages. Ce fruit est frais et vibrant, loin des caricatures, loin des grenaches confiturés auxquels on réduit trop souvent ce valeureux cépage.

Ce jus est d’ailleurs encore jeune, parfaitement fringant. Mais il est déjà sorti de l’âge bête : expressif mais pas excessif, nuancé et pas outrancier. Tout semble à sa place, comme dans ces paysages du sud où la beauté naît d’un élégant désordre.

La fraîcheur fruitée et l’intensité juteuse comme je les aime, donc. Et une impression de pureté qui oblige à se taire, à fermer les yeux et à contempler. Bref, un vin vivant parfaitement harmonieux, qui doit sans doute tout ou presque à une nature préservée, à des vignes en grande santé, à une terre pleine de vie.

Mêler délicatesse et profondeur, caractère terrien et élan aérien, force solaire et minéralité, est un tour de force que seuls les vignerons mariés à la nature parviennent à accomplir. Bravo !

Le corps : ce qu’il me fait

La Provence pénètre en moi avec tout ce qu’elle a de plus puissant et de plus intime. Un vin qui exprime les reliefs du massif du Luberon, loin de la Côte d’Azur.

Il condense tous les éléments : terre, feu, air et eau. Il vibre, beaucoup. Il ne fatigue pas. Au contraire, il éveille. Et dans ma tête, c’est l’été. Le soleil resplendit. Et le vent est un ami qui me rafraîchit. Comme si le réchauffement climatique et le dérèglement de la planète n’étaient plus que de lointains souvenirs. Comme si tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Pendant quelques instants, le temps d’un verre, le monde semble tenir debout. Et je me surprends à pardonner au réel. Je comprends soudain pourquoi Leibniz pouvait croire que Dieu aurait créé le meilleur des mondes possibles, auquel il faudrait souscrire dans une forme d’optimisme béat : il buvait du Laura Aillaud !

Toutes les parties de mon corps sont regaillardies : bouche, ventre, tête et cœur. Un vin qui fait du bien. Je me surprends un grand sourire aux lèvres. Le niveau de plaisir ressenti est élevé. Rien ne me dérange dans ce vin, c’est comme s’il avait été fait pour moi.

Frissons, bien-être, détente, optimisme… Je me sens parfaitement libre et heureux, comme souvent après avoir goûté à un vin de grande émotion. J’ai envie de le boire encore et encore, de le partager, de le chanter. Un vin de table au sens noble — celui qui fait durer la soirée sans que personne ne regarde l’heure.

L’esprit : ce qu’il me dit

« Tu dis que je suis beau. Merci. Cela me touche, je suis sensible. Mais, tu sais, tout le monde ne me trouve pas beau. On dit parfois de moi que je ne suis pas assez puissant, pas assez rugueux, pas assez noir. On ne peut pas plaire à tout le monde, je le sais bien. Certains me trouvent trop sage, d’autres pas assez.

Quoi qu’il en soit, je regrette qu’on veuille à tout prix me placer dans une case et reconnaître en moi un profil appris à l’avance. Je refuse de me livrer à ceux qui m’observent à la loupe de leurs certitudes, qui ne font qu’ouvrir et fermer des tiroirs. Les plus grandes merveilles de la nature échappent toujours à ceux qui ont les yeux fermés.

Ce ne sont pas ma robe et mes parfums qui sont beaux, mais le regard de celui qui accepte de dialoguer avec moi et de ne pas me juger. Celui qui vient à moi l’esprit fermé ne découvre qu’un liquide. Celui qui s’abandonne à son intuition et à sa spontanéité fait la connaissance d’un monde en bouteille.

Le champ des possibles devient immense dès qu’on accepte de ne pas tout comprendre, dès qu’on tolère une part d’inattendu et peut-être même de magie. Toi au moins, tu me rencontres vraiment et je suis heureux que nous ayons du temps à partager ensemble. Il faut être deux pour que quelque chose soit beau. Ma beauté est dans tes yeux, dans ta disponibilité, dans la place que tu acceptes de laisser aux scories de la vie.

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