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Bu
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Une excursion sarde

Un soir de « crunch » historique (match du Tournoi des Six Nations opposant la France à l’Angleterre), des amis, des pizze et des bruschette. Et deux bouteilles de vin sarde gaillardement piochées dans ma cave. La victoire est là, au bout du suspense. Un match historique. Des émotions superbes, comme seuls le sport, la musique et le vin savent parfois en offrir, faisant monter aux yeux des larmes de joie.

Quant aux vins de Sardaigne, ils me surprennent agréablement. Je les imaginais tout juste bons à accompagner un moment convivial lors duquel les convives distraits ne pensent pas vraiment à eux. Ils valent mieux que ça. Certes, ils sont propres et sages, peut-être un peu trop. Un vin trop bien élevé finit souvent par manquer de caractère. Et les vins trop disciplinés oublient d’où ils viennent. Ce vermentino et ce cannonau n’en sont pas moins charmants, intéressants, presque intrigants. On sent qu’une forme d’authenticité détachée des normes et de la mondialisation s’y exprime. De quoi attiser ma curiosité.

Lorsque j’ai acheté ces vins, après les avoir repérés dans le guide Slow Vino, j’avais remarqué et apprécié le logo-symbole du domaine : l’ombre d’un visage qui émerge au milieu des ondulations marines. Quand il y a de la poésie sur l’étiquette, c’est souvent bon signe — même s’il faut se méfier de l’opportunisme de ceux qui n’hésitent pas à offrir de la couleur, des formes et des mots magiques « parce que ça fait vendre ». En fait, la poésie sur l’étiquette ne garantit rien, mais son absence dit souvent quelque chose.

Je précise que j’ai fortement aéré les deux vins avant de les goûter : trois heures de carafe. Cela, à l’évidence, les a admirablement détendus. Donner du temps au vin, c’est lui permettre de devenir lui-même.

Au-delà des cépages

Nous devons ces jolis jus à Antonella Corda, jeune vigneronne qui s’impose comme l’une des locomotives bachiques de son île*. Son domaine, créé en 2010 juste après sa sortie de l’école d’œnologie, se trouve à Serdiana, tout au sud, face à la Tunisie. Antonella insiste sur la qualité du travail à la vigne. Elle dit : « Aimer la terre, c’est la respecter comme une mère ». Dans ces conditions, les oliviers peuvent s’épanouir autant que les vignes et, chez Antonella, la surface dévolue à la production d’huile d’olive est aussi importante que celle dédiée au vin.

Le domaine d’Antonella Corda repose sur des sols argilo-calcaires. En résultent des vins marqués par la minéralité et l’élégance, aussi verticaux qu’horizontaux, autant frais que ronds. L’élevage est minimaliste, pour ne pas interférer avec la pureté des raisins. Dans le blanc, le vermentino ne s’exprime pas de façon variétale comme je pouvais le craindre. Son fruit est crémeux et bien mûr, loin de l’acidité et des agrumes caricaturaux. J’aime ses nobles amers, son côté herbacé et sa longueur saline.

Quant au rouge, sa robe évoquant un clairet brille comme une promesse. Antonella insiste sur l’importance d’une macération douce. Bravo ! Voici un grenache cristallin, plein de fruits frais et de tanins fins, et en même temps assez corsé. Son intensité, venant de fruits en pleine santé et non d’une surextraction maladroite, est appréciée.

Moi qui adore le grenache, avec ses multiples visages, je n’avais jamais été convaincu par sa version sarde**. Ceux que j’ai pu goûter étaient déséquilibrés, l’alcool dévorant tout sur son passage. Il ne faut jamais tirer de conclusions hâtives : ce n’est pas parce que certaines grandes maisons réputées n’ont rien d’autre à offrir que des cannonaux sans âme que tous sont sans intérêt.

Ces vins sont l’occasion de parler de la Sardaigne viticole, ce que l’on fait rarement. Dans le paysage bachique italien, cette île reste en retrait. On l’imagine, non sans raisons, moins riche que la Sicile, le Piémont, la Vénétie ou la Toscane. En creusant, on y trouve pourtant des trésors.

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