Le vin que j’ai rencontré
Première Longueur, par Thomas Chany
Hérault
2023, grenache
Dégusté le 25 mars 2026 à 21 heures, jour racine, premier quartier, pluie et vent*
Le corps : ce qu’il me fait
Le vin technologique rassure ; le vin vivant réveille. Alors je ferme les yeux… Ce vin me transporte dans une vaste prairie remplie d’arbres fruitiers. Le soleil illumine l’herbe fraîche, une légère brise rafraîchit les joues, de petits oiseaux chantonnent, de petits papillons dansonnent. Un havre de verdure — et, pour une fois, l’expression n’est pas galvaudée.
Je replonge dans des souvenirs d’enfance à la campagne, là où tout était si doux et si harmonieux. Je ressens une forme d’évidence et de pureté, loin des pollutions et de la grisaille. Et un grand sourire s’empare de mon visage.
Ce vin est plaisant parce qu’apaisant. Il circule librement dans la bouche, bouge sans brutaliser, tourne sans retomber. Il ne cherche pas l’impact, mais la présence. Il a cette qualité rare et décisive des vins nature du sud, qui souvent les distingue des vins technologiques : la vitalité.
Les grenaches sont d’incroyables révélateurs du respect de la vie dans les vignes et dans les vins. Comme ce Première Longueur, les jus vivants sont souvent élancés, vibrants, lumineux, tandis que les grenaches techniques n’offrent qu’un profil plat, lourd, neutre. Le grenache est un miroir : il ne pardonne rien, mais il magnifie tout.
Le niveau de plaisir ressenti est élevé. Comme souvent dans mon cas, il est bien plus important avec un tel vin proche du fruit et néanmoins d’une exquise finesse qu’avec un cru réputé issu de raisins que l’on aurait forcés à produire un jus très concentré puis soumis à un élevage luxueux.
Je comprends que la profondeur n’est pas une question de puissance, mais de vérité. Dans mon esprit, les émotions dominantes sont l’éveil, l’énergie, l’accord avec le monde et la lenteur retrouvée.
La beauté : ce qui me plaît chez lui
Un vin charmeur et charnu. Soyeux et joyeux. Un rouge gourmand, sincère et lumineux, avec une magnifique fraîcheur fruitée et une intensité juteuse comme je les aime. S’il n’a que trois ans, il est déjà épanoui. J’aime son caractère friand sans sacrifier la finesse. On pourrait en boire des cuves entières sans se lasser.
Un de ces vins qui donnent le sourire, qui font penser « voilà, c’est ça… ».
Le nez est nuancé. Le fruit est expressif mais délicat, sans aucune vulgarité. On déguste une infusion de fleurs : rose, violette, lilas… Les tanins sont d’une qualité assez folle, crayeux, très fins, à peine perceptibles.
Un canon juste et précis qui donne envie d’en savoir plus sur ce jeune vigneron. Il y a fort à parier que, en cave comme à la vigne, son travail est exemplaire et qu’il a compris que moins on en fait, plus il se passe quelque chose.
La culture : d’où il vient
Thomas Chany n’est pas né dans une famille de vignerons. Malgré cela, il s’est très tôt passionné pour la viticulture (comprise comme un monde de nature et d’agriculture). Sitôt le bac en poche, il entre au lycée agricole pour y passer un BTSA viticulture-œnologie. Depuis 2016, il travaille chez Luc et Patricia Bettoni (domaine Les Eminades), où il prend part à tous les travaux de la vigne. Mais Thomas cultive ses parcelles et en vinifie les fruits depuis qu’il a 20 ans. Travailler ses propres vignes et vendre ses propres vins oblige à l’humilité, évite les certitudes et stimule l’imagination.
Voici donc un jeune vigneron installé à Puisserguier, dans l’Hérault. Son petit domaine atteint aujourd’hui 2,2 hectares et profite des terroirs argilo-calcaires des alentours de Saint-Chinian. Ici, les maîtres mots sont « coopération avec la nature » et « patience », conscient que ce sont là les facteurs décisifs de la finesse et que le vin devient grand quand le vigneron devient discret. Pour Thomas, « c’est le respect des rythmes biologiques qui révèle la vérité du terroir ». Son programme : soumission au vivant et gestes artisanaux. Respecter la terre et la vigne, c’est accepter de ne pas tout maîtriser.
Thomas Chany propose aujourd’hui une gamme resserrée et passionnante de vins blancs et rouges tournés vers l’expression sincère du fruit, à partir de raisins biologiques et de vinifications naturelles. Son blanc de grenache noir, Matière Noire, à qui il offre les égards propres à un grand vin blanc, est une expérience qu’il faut vivre une fois dans sa vie.
Quant à Première Longueur, il s’agit du jus de vieilles vignes de grenache dont les raisins ont été récoltés à parfaite maturité, puis vinifiés en grappes entières, sans aucun ajout de SO2. Dix jours de macération douce et dix mois d’élevage en cuve ont permis à sa personnalité de se révéler pleinement, sans aucun travestissement.
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