📲 Ajouter Vinosophia à l’écran d’accueil : PartagerAjouter à l’écran d’accueil
Partager
Bu
4 4 min read

Ciro Picariello – La Campanie, terre de grands blancs

D’un séjour napolitain, il y a quelques années, je garde le souvenir des ruelles de Pompéi toujours menacées par le Vésuve, d’une randonnée magique sur les hauteurs escarpées de Capri et de vins de caractère. Parfois, leur nom est à lui seul une aventure — je pense au Lacryma Christi (larme du Christ) : tout un programme, surtout quand on sait que cette appellation recouvre les vignes plantées sur les flancs du volcan, avec des cépages autochtones rares.

La Campanie est la région d’Italie qui possède la plus ancienne tradition viticole et le plus vaste choix de cépages. Les terroirs ne sont pas en reste, avec des zones volcaniques, des amphithéâtres naturels et une grande variété de sols et sous-sols. Ajoutez à cela une nouvelle génération de vignerons respectueux de la vie dans les vignes et dans les vins et vous obtenez une région pleine de riches expériences pour les œnophiles-vinosophes.

D’ailleurs, Oz Clarke n’hésite pas à faire de l’Italie du sud le « berceau spirituel du vin ». Il est vrai que les premières grandes traditions viticoles, à l’impact quasi-civilisationnel, sont apparues ici, après que les Grecs y ont vu la région du bassin méditerranéen la mieux adaptée à la culture de la vigne — au point de l’appeler « Enotria Tellus » (la terre des vignes).

Les vins rouges sont dominés par l’aglianico, souvent perçu comme le grand cépage rouge du sud de l’Italie. Après quelques années de patience, il donne des vins d’un grand raffinement, avec énormément de fraîcheur, à condition d’éviter les caricatures surconcentrées, surmûries, surextraites et surboisées que trop de producteurs privilégient encore. Le taurasi est souvent appelé « barolo du sud ».

Mais j’aimerais insister aujourd’hui sur les blancs de Campanie. Ils sont une preuve de plus que, lorsqu’on laisse la vie des sols suivre son cours et qu’on vinifie avec prudence, en limitant les interventions au strict nécessaire, les régions méditerranéennes ne sont pas moins des terres à vin blanc que des terres à vin rouge. Certains n’hésitent d’ailleurs plus à élever la Campanie au rang de plus fascinante région à vins blancs d’Italie.

Une diversité folle

Les blancs de Campanie sont bluffants, solaires et frais, sphériques et tranchants. Peut-être grâce à la présence du Vésuve et des sols volcaniques, ils offrent souvent des amers distingués et une minéralité remarquable.

Le fiano (avec la DOCG Fiano di Avellino) est le cépage à la réputation la plus noble : on dit que ses vins sont amples et délicats, profonds et subtils, bref intenses et harmonieux. Beaucoup décrivent le fiano comme le plus grand cépage blanc du sud de l’Italie.

Le greco (avec la DOCG Greco di Tufo) donne des jus plus vifs. Quant au falanghina (principal cépage blanc des DOC Campi Flegrei, Capri, Ischia et Costa d’Amalfi), il produit, dans ses expressions les plus répandues, des jus assez classiques : équilibrés, souples, avec une aromatique oscillant entre fruits blancs et agrumes.

Le biancolella et le forastera, raisins autochtones de l’île d’Ischia, donnent — paraît-il — de sublimes nectars, riches et complexes. Le Lacryma Christi blanc est, pour sa part, relativement simple en comparaison de ce que son nom laisse imaginer. Ses cépages sont pourtant originaux : coda di volpe bianca et verdeca.

La côte amalfitaine constitue l’une des régions viticoles les plus héroïques d’Italie. Les vignobles, sur des terrasses surplombant la mer, sont historiquement isolés et ont conservé un patrimoine de cépages inconnus ailleurs. En blanc, ripoli, fenile, biancolella, pepella et ginestra donnent des jus tout en subtilité maritime.

Dans la province de Caserta, au nord de Naples, sous l’IGT Terre del Volturno, plusieurs producteurs remettent au goût du jour le pallagrello bianco, parfois grâce à des vignes franches de pied préservées par le sable noir des volcans.

Enfin, plus au nord encore, la DOC Falerno del Massico est l’héritière du falernum, le plus grand cru de l’Antiquité romaine dont Pline l’Ancien chante les louanges. Le cecubo, l’autre grand cru apprécié de la bourgeoisie romaine, provenait lui aussi de Campanie. Même s’il ne ressemble que lointainement au vin que pouvaient partager les grands pontes romains, il y a quelque chose de troublant à se dire « je bois du falerne » — issu aujourd’hui du cépage falanghina.

Bien sûr, tous ces vins peuvent être banals ou magnifiques selon les vignerons qui les façonnent. L’important est de savoir qui est à l’origine du vin et de quel terroir il provient. Le cépage et l’appellation ne sont que de petites indications.

La suite de ce texte est réservée aux membres de Vinosophia.

À votre tour, rejoignez-nous et découvrez l’ensemble de la revue.

Vous soutiendrez un projet éditorial indépendant et engagé au service de la vie des vins et de l’esprit des hommes.

Pour que vivent les voix libres du vin.

Dégustateurs hédonistes, œnophiles audacieux, vignerons heureux, sommeliers alternatifs, cavistes aventuriers...

Entrez dans la grande famille des vinosophes !

Ça m'intéresse.