Le vin rencontré aujourd’hui
Flora, par Brand Bros
Pfälzer Landwein, Rhénanie-Palatinat, Allemagne
2019, 100 % dornfelder
Dégusté le 9 janvier 2026 à 14 heures*
Ce qu’il me dit
Flora sait que les discours les plus mémorables, ceux qui restent, ne sont pas les plus bruyants. Ce vin n’est pas le plus volubile, il compte ses mots. S’il fait la fête et invite à le rejoindre, il en profite pour délivrer un message essentiel : « Nous nous sommes trop battus au nom de l’identité, des nations, des religions. Voyez-vous, je ne suis pas allemand. Je suis un vin du monde. Ma terre est celle que foulent tous les hommes et que pénètrent toutes les vignes. Je circule. Je relie. Mon drapeau est celui de la vie qui triomphe de la mort. Mon hymne est celui de la nature que nous avons tous en commun. Et ma religion, c’est la fête qui unit les pensées, les paroles, les mains, parfois les corps. J’aurai réussi ma vie de vin si je parviens à vous convaincre qu’il est plus glorieux d’aimer les différences que d’aimer les ressemblances, plus honorable d’être attiré par ce qui dérange ou fait douter que par ce qui endort à force de rassurer ».
Posant mon verre un instant, je me dis qu’il n’existe sans doute pas de meilleur instrument de paix entre les hommes que le vin. Et je me demande si les êtres, peut-être les peuples, les plus hargneux et les plus agressifs ne sont pas ceux qui, pour une raison ou une autre, sont des buveurs d’eau ou de soda.
Un vin vivant tel que Flora exprime l’envie de découvrir autrui, de s’en inspirer, sans jamais chercher à le dominer, à le convaincre ou à le vaincre. Il défend la diversité des cultures, des goûts, des beautés, des envies. Il ne parle pas une langue officielle, froide et rigide, mais une langue sensible capable de s’adapter à chacun. Il accepte d’être compris différemment selon les histoires et selon les sensibilités individuelles. Il comprend même que l’on puisse ne pas l’aimer.
Le vin ne devrait pas être un enjeu géopolitique ni un instrument de soft power. C’est un bien commun. Tant que des vins tels que Flora existeront — insoumis et offerts sans violence —, nous pourrons croire à une union spontanée, naturelle, évidente et non contrainte. Ce ne sont pas les discours et encore moins les traités qui réconcilient les peuples, mais les expériences partagées. Rompons le pain, versons le vin, et aimons-nous !
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