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Coups de canon
7 7 min read

Poursuivre le naturel, fuir l’artificiel

Le vin rencontré aujourd’hui

ChatGris, par Jeff Carrel

Roussillon

100 % grenache gris

Dégusté le 18 janvier 2026 à 15 heures*

Ce qu’il me dit

Voici un interlocuteur civilisé, qui ne coupe pas la parole, qui ne s’écoute pas parler. Son discours est tout en nuances, son évidence est profonde. Je ne peux que lui accorder le temps qu’il souhaite. Sans ésotérisme ni lyrisme, je le trouve juste — tant par son fond que par sa forme.

« Seule une agriculture vertueuse, me dit ChatGris, peut vous nourrir, vous les humains. Je ne parle pas que de nourriture pour vos corps, pas que de nutriments. Je parle aussi et surtout de nourriture spirituelle, d’énergie pour galvaniser vos pensées et vos valeurs. Et de nourriture pour le cœur, qui réchauffe, qui fait du bien, vraiment !

Un homme qui ne ment pas — et qui ne se ment pas à lui-même — mange et boit les fruits d’une agriculture honnête, enracinée dans la terre, attentive à toutes les formes de vie, y compris la vie microscopique qu’elle accueille comme on accueille un ami. Une agriculture non forcée, non dirigée. Ici, l’homme comprend, accompagne et suit la nature. Seule cette agriculture offre des histoires à manger et à boire.

Mais vous avez oublié que la terre ne s’exploite pas, qu’elle ne s’optimise pas, qu’elle n’est pas un outil, qu’elle n’est pas à vendre. Vous vous bercez encore d’illusions. Mais cela ne durera pas. La nature vous rappellera à l’ordre. Elle n’est pas un laboratoire. Elle n’accepte ni vos machines ni votre chimie.

Les sols stérilisés et compactés, les champs monotones et sans vie, les plantes dopées, les fruits insipides, les aliments appauvris, tout cela peut nourrir l’estomac, mais pas l’âme. C’est ici que commencent vos “maladies de civilisation”. Moi, je suis le résultat du temps qu’on ne contraint pas, des plantes avec lesquelles on dialogue, de la flore et de la faune alliées. Et j’essaye, par mon harmonie, d’exprimer l’équilibre des forces qui règne dans une nature non dénaturée.

Tu dis souvent que les œnophiles boivent autant des valeurs que des saveurs. Je suis de cet avis. De toute façon, les produits agricoles avec les plus belles saveurs sont ceux qui présentent les plus belles valeurs. J’aimerais que les humains comprennent qu’en toutes choses il faut poursuivre le naturel et fuir l’artificiel ».

Pour tenir un tel discours, peut-être ai-je devant moi l’incarnation vinique de Cérès, déesse romaine de l’agriculture, du blé et de la prospérité nourricière. En tout cas, ce vin montre la voie de la nutrition totale : le corps, par la matière ; le cœur, par la joie ; l’esprit, par la conscience. « Le respect de la terre est le seul chemin vers une alimentation complète, qui libère et qui rend heureux », conclut ChatGris.

Ce qu’il me fait

Un jus qui enveloppe comme des rayons de soleil : ils réchauffent sans brûler, ils illuminent sans éblouir, comme si les feuilles d’une forêt champêtre les filtraient. Dans mon corps, les tensions s’effacent, je me relâche, je respire profondément. Je ferme les yeux, je laisse le temps s’écouler sans compter. Je me rappelle combien le temps libre est précieux.

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