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VinoPhilo
7 7 min read

L’éthique des vinosophes

La dégustation analytique est une forme de morale : des conventions sociales héritées du passé pèsent sur les épaules du dégustateur. Nul n’ose y déroger. La dégustation hédoniste et en pleine conscience, celle des vinosophes, repose sur l’éthique : un individu souverain s’observe lui-même et se donne des valeurs et des règles en fonction de sa conception personnelle de la vie bonne. La morale, c’est la volonté bridée, canalisée, encadrée. L’éthique, à l’inverse, c’est l’autonomie humaniste qui triomphe. On imagine combien un vin libre et vivant peut être apprécié dans un cadre éthique, mais pas dans un cadre moral.

Éthique et autonomie

L’éthique, ce n’est bien sûr pas le règne des caprices spontanés de l’individu affranchi de toute norme. Une vie éthique est une vie menée à l’aune de convictions personnelles, dans un cadre normatif auto-déterminé. Éthique et autonomie sont donc très proches, elles se rejoignent dans la vinosophie et se confondent presque. L’une est en tout cas la condition de l’autre, qui est la condition de l’une.

Je mène une existence éthique si je mène une existence indépendante, souveraine, si je refuse tout conformisme et tout conservatisme. L’éthique et l’autonomie naissent dans le même mouvement, lorsque l’humain « fait de lui-même le fondement ou la source de ses normes et de ses lois » (John Stuart Mill).

La notion d’autonomie est peut-être plus proche encore de celle d’éthique que de celle de liberté, cette dernière pouvant coïncider avec une absence de normes et donc de limites, et même si l’autonomie est un des modes d’expression de la liberté. L’éthique-autonomie est un antidote aux tentatives de réduction de la pluralité sociale à l’unité, le souffle qui pousse au respect de la diversité des individus, de leurs goûts, de leurs opinions et de leurs intérêts.

Éthique contre morale

L’autonomie est donc au cœur de l’éthique ; et la vinosophie est une éthique. En même temps, l’autonomie est à la périphérie de la morale ; et la vinosophie n’est pas une morale. Il ne peut pas y avoir d’éthique sans autonomie ; et il ne peut pas y avoir de morale avec autonomie. L’éthique, c’est l’individu qui s’impose à la société ; la morale, c’est la société qui s’impose à l’individu.

En dépit de leurs sens étymologiques proches, on n’hésite plus, aujourd’hui, à distinguer l’éthique et la morale. Il faut dire que cela peut être utile, notamment si l’on conçoit que l’éthique servirait plutôt à qualifier le rapport de soi à soi et la morale le rapport de soi aux autres ou des autres entre eux. Pour en revenir à l’étymologie, elle apporte quelques indices : alors que « morale » vient du latin « mores » signifiant « mœurs », « éthique » trouve son origine dans le grec « èthos » qui désignait, chez les Grecs de l’Antiquité, l’habitat, la manière par laquelle une espèce animale habite le monde — et il existe aujourd’hui une discipline scientifique, l’ « éthologie », qui étudie les comportement des animaux dans leurs milieux naturels.

À l’aune de cette racine grecque, l’éthique peut désigner le caractère d’une personne, sa manière d’habiter le monde. Mais le mot « èthos » a surtout été utilisé à propos des mœurs, des bonnes manières en vigueur dans une société, annonçant les « mores » romaines et la « morale » contemporaine, donc les coutumes et autres modèles de comportement. Éthique et morale ont toujours visé les conduites des individus, mais avec des origines normatives variables.

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