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VinoPhilo
4 4 min read

La vinosophie peut nous sauver

En devenant vinosophe, on ne gagne pas seulement un passeport d’hédonisme ; on devient également plus humain. C’est ainsi que la souveraineté individuelle se situe au cœur de la vinosophie. Le vinosophe est celui qui forge son goût propre et incomparable sans se soucier du regard des autres, loin des influences sociales et culturelles.

On a longtemps pensé l’homme à travers son humanité par opposition à son animalité. Aujourd’hui, à mesure que l’on se robotise à force de se laisser guider par des prothèses technologiques qui indiquent en permanence que faire et quoi penser, il est temps de concevoir l’humanité en la distinguant de la machinité. L’homme-machine remet en cause beaucoup de pans de la philosophie ; et il interdit purement et simplement la vinosophie. Quant à l’éthique, elle n’est pas mieux compatible avec des hommes dépendants des techniques. Si cette éthique repose sur deux piliers que sont la liberté et la responsabilité, l’un et l’autre n’existent plus dans un monde où nos pensées et actions nous sont imposées par notre environnement et non par notre for intérieur, où règnent les dégustations techniques et les vins techniques.

La mission de la vinosophie est alors de nous aider à libérer la liberté des cultures et des sociétés basées sur le conformisme et le nudge permanent. Dans un monde ou l’assistanat, notamment numérique, est de plus en plus présent et où l’on est plus que jamais tenté d’être soi-même en étant comme les autres, en goûtant comme les autres, en adoptant les mêmes goûts que les autres, l’autonomie semble bel et bien constituer l’enjeu du siècle, le défi fondamental de l’homme, mais aussi de la société — car, à mesure qu’elle grignote les individus, elle finit par ne plus reposer que sur du vide et risque de s’effondrer au premier coup de vent.

Nous défendons la souveraineté individuelle

Je me pose donc la question de la source pertinente des normes qui guident nos corps et nos psychés, nos actes à la vigne et dans les chais, en dégustation méditative et en dégustation conviviale : la société ou l’individu ? L’autonomie peut s’analyser tel un pouvoir, tel un droit et tel un devoir. Le souverainisme individuel s’exprime au mieux dans la formule « je pense donc je vis », si bien qu’en étant un devoir en plus d’être un droit, l’autonomie permet de réparer non seulement la panne des sens, mais aussi la panne des pensées — les deux étant intimement liées.

Si l’on peut douter du pouvoir de se donner ses propres normes, on ne peut contester le droit et encore moins le devoir de faire la loi à l’égard de soi-même. Je suis celui qui sait le mieux ce qui est bon pour moi — jugement éthique. Le bien et le mal — jugement moral — n’existent que dans le regard des autres. Lorsque je suis seul avec moi-même, que je suis à l’abri de ce regard ou indifférent à ce regard, je suis protégé de la pression du bien et du mal. Suis-je dès lors autonome ? Peut-être suis-je et serai-je toujours, quoi que je dise et quoi que je fasse, déterminé par des causes extérieures irrésistibles et dépassant largement les cadres sociaux et culturels.

L’autonomie est un devoir humaniste

L’autonomie a ainsi été principalement analysée et pensée sous l’angle de sa possibilité, en tant que pouvoir que les humains possèderaient plus ou moins. Les questions du droit à l’autonomie et du devoir d’autonomie ont donné lieu à un nombre nettement plus réduit de travaux. Pourtant, il importe peut-être moins de savoir ce que l’homme peut en fait que ce que l’homme doit en droit, car, quand un homme ne sait pas que quelque-chose est impossible, il le fait*.

Cessons de déprécier l’humain. Donnons-lui sa chance. Croyons en lui plutôt qu’en Dieu ou en la nation. S’il ne fallait retenir qu’un enseignement de la philosophie individualiste autour de laquelle la vinosophie se construit, ce serait donc le devoir d’autonomie, triomphe du droit de se donner ses propres normes, au-delà de la problématique du pouvoir factuel de se donner ses propres normes. Commençons par boire les vins que nous aimons, loin des modes et du paraître.

* « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait » (Mark Twain, citation sans doute apocryphe) ; « Tout le monde savait que c’était impossible à faire. Puis un jour quelqu’un est arrivé, qui ne le savait pas, et il l’a fait » (Marcel Pagnol, phrase probablement apocryphe également).