Benavides, par Paolo Brunello (Vignale di Cecilia)
Colli Euganei, Vénétie, Italie
2023, garganega 50 %, moscato 50 %
Dégusté le 21 janvier 2026 à 13 heures
Il y a en Cecilia de la fragilité et de la douceur. Des effluves qui flottent dans l’air comme des promesses que l’on ne peut nommer. On voudrait s’y perdre. On s’y perd parfois. Quelque chose d’intime et d’universel.
Un ancien violoncelliste baroque peut-il offrir autre chose que des vins d’artiste ? Avec Paolo Brunello, en tout cas, il y a du rêve dans le jus de raisin. Déjà parce que nous sommes dans la région de Venise, la sérénissime, l’éternelle — et la montée des eaux n’y changera rien. Ensuite parce que cette bouteille est un souvenir de voyage, rapporté de la cité flottante où j’ai découvert beaucoup de bars à vin pour passionnés et non pour touristes (merci Raisin !). Et puis parce que ce blanc a tout du beau vin nature : simplicité, évidence, fluidité. « Buvabilité », disent certains. Il est vrai que ce jus concentre tout ce qui donnerait envie d’en boire encore et encore si la raison ne s’en mêlait pas. Quand la minéralité triomphe de l’acidité, ce qui est une des signatures des vins nature, je me régale.
Notre vin provient de Baone, au pied du Monte Cecilia. Les monts Euganéens offrent des terroirs calcaires et volcaniques uniques en Europe. À deux pas de Padoue, ils constituent un havre de verdure ondoyante. Les anciens volcans sont éteints depuis longtemps et tout n’est que paix, harmonie et sérénité. Quelques bourgs médiévaux ne troublent pas le calme. Il faut déguster les vins de Vignale di Cecilia en faisant défiler devant soi un diaporama des colli Euganei.
D’un jaune pâle qui capte la lumière sans la retenir, un peu comme ces premiers rayons qui percent l’aube, on devine déjà, dans la robe de Benavides, la promesse de finesse et de clarté. Courte macération et fermentation spontanée sont sans doute à l’origine de son élégance et de sa chair délicate. Dans ce vin, rien ne manque ; et il n’y a rien de trop. Le muscat présente parfois (souvent ?) des tonalités trop variétales, lassantes. Ici, il se fond dans le garganega. On ne le reconnaît pas. Il laisse la place au terroir. Benavides, c’est un vin de lieu, pas un vin de cépage, pas un vin de marque, ni un vin d’appellation. Un jus sans puissance, mais à l’incroyable résonance.
La mer est proche, la montagne aussi. On dirait que ce vin puise autant dans l’une que dans l’autre. Il est volcanique, mais d’un volcanisme tempéré par la brise marine. La lave en fusion se laisse dompter par l’écume des vagues. Un vin parfaitement équilibré avec pourtant une grande personnalité, celle de ses origines et de son vigneron.
Innover en laissant la terre et le climat s’exprimer, cela peut surprendre. Dans le monde du vin, nous en sommes pourtant là. À la vigne comme au chai, le travail de Paolo est irréprochable. Le rapport qualité-prix de ses vins, quant à lui, est ébouriffant. Il faut dire que c’est son cheval de bataille : offrir des vins de terroir qui respectent la santé et le portefeuille des amateurs.
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