Senescal – L’art amont, par Benoît Braujou (Fons Sanatis)
Hérault
2016, 100 % aramon
Dégusté le 15 janvier 2026 à 11 heures
Une longue garde
Lorsqu’on achète une bouteille de vin, c’est parfois pour la boire le soir même ou le week-end à venir. D’autres fois, on souhaite simplement garnir sa cave, mais on ne sait pas quand on boira ce vin. Plus le temps passe et plus on a pris en main et reposé un grand nombre de fois la bouteille, plus l’excitation grandit. Jusqu’au jour où l’on rencontre enfin le jus tant attendu.
Ce jour est venu pour le flacon qui aura patienté le plus longtemps dans ma cave, dernière relique de mon premier achat chez le caviste il y a une dizaine d’années, lorsque naquit ma vocation bachique. Ma curiosité est d’autant plus grande que je n’ai pas la moindre idée de ce que ce vin s’apprête à me raconter.
Un vigneron irréductible
Sur l’étiquette, la mention « vigneron irréductible » accompagne un petit sigle « sans pesticides ajoutés », tandis qu’une image de mains s'agrippant à une branche illustre le tout. Pas de doute, je suis sur la piste d’un vin d’auteur.
L’auteur, c’est Benoît Braujou, originaire de Saint-Jean-de-Fos, près d’Aniane, dans l’Hérault. C’est là qu’il perpétue la tradition d’une famille de vignerons-apiculteurs — les vins des vignerons-apiculteurs sont toujours passionnants. Il n’est d’ailleurs pas le seul : son frère, Xavier, est à la tête de La Terrasse d’Élise, un domaine voisin dont je reparlerai sans aucun doute dans Vinosophia tant ses vins sont épatants. Mais, pour l’heure, je fréquente Benoît, par quille interposée.
Il m’explique que les mains de l’étiquette sont les siennes, aux côtés de celles de son grand-père. Un grand-père qui lui a appris à aimer la nature, à la chérir, à la couver. À une époque où la chimie s’immisçait dans les champs, le grand-père Braujou fit du bio sans le savoir.
Benoît, lui, est un vigneron-philosophe. On est forcément vigneron-philosophe quand on inscrit « vigneron irréductible » sur ses étiquettes. Il dit : « Je n’applique pas de recettes ». Mais il a compris un principe : le vin se fait à la vigne. Il y passe l’essentiel de son temps, soignant ses vieux ceps d’Aramon et de Carignan à l’aide de méthodes dignes d’une biodynamie sans dogmatisme. Il travaille seul, accompagné de ses chevaux de trait Bulle et Unau. Ici, pas d’exploitation agricole mais une collaboration agricole.
À la cave, Benoît laisse le vin se faire à sa guise, à son rythme. Mais il le surveille car il veut des jus naturels et nets. La mise en bouteille intervient… quand le vin est prêt. Pas de recettes, vous dit-on !
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