micro Cosmo, par Marilena Barbera
Menfi, Sicile, Italie
2019, 100 % perricone
Dégusté le 15 janvier 2026 à 15 heures
Œnotourisme à la maison
L’amoureux du vin que je suis peine à imaginer le tourisme sans l’œnotourisme. Lors d’un séjour, notre plus grand plaisir, à ma femme et à moi, réside dans les soirées passées à écumer les bars à vin nature. On y boit des nectars détonants, on y mange une cuisine créative, on y passe des moments mémorables.
Certains de nos grands souvenirs de voyage sont attachés à des randonnées hors du temps, sur des îles désertes ou presque. D’autres se rapportent aux rencontres de cavistes passionnants nous faisant découvrir des vignerons extraordinaires — notre habitude est de commander des verres de vin et des plats différents pour pouvoir ensuite les partager et goûter à tout ou presque.
Mais l’exploration d’une région se poursuit toujours une fois rentrés à la maison, avec les bouteilles rapportées dans les bagages. Les lieux se transportent. Quel plaisir de dénicher des « localismes » : terroirs de caractère, cépages rares, parfois modes de vinification originaux. Bien sûr, encore faut-il que les vins en question soient des vins de voyage, des cartes postales gustatives, donc des jus représentatifs de leurs origines, pas des vins techniques et standards.
Entre Trapani et Sciacca
Aujourd’hui, je retourne en Sicile par l’intermédiaire d’un flacon venu de Menfi, petite ville à l’ouest de l’île, sur la route qui nous menait de Trapani à Sciacca. Je goûtai une première fois ce vin sur place, peu après avoir exploré les envoutantes ruines grecques de Sélinonte. Renouer avec le même vin dans de tout autres conditions me donnera l’occasion d’observer si le contexte influence les sensations — même s’il est vrai que le vin a vieilli entre-temps.
À l’origine de ce jus, il y a Marilena Barbera — le nom de la vigneronne est déjà un poème en soi. Dans ses vignes situées à moins d’un kilomètre de la mer, Marilena met tout en œuvre pour nous offrir des vins de lieux. Son domaine est d’ailleurs biodynamique certifié. L’écimage est par exemple prohibé, car Marilena respecte chaque pied de vigne tel un individu singulier dont l’équilibre unique doit être préservé.
Ensuite, les vinifications sont naturelles, sans artifices. Les fermentations sont évidemment spontanées. Les transformations malolactiques se déroulent naturellement. Quid des doses de dioxyde de soufre ajoutées ? Entre 30 et 40 mg/l, jamais plus. L’objectif de la vigneronne : que la terre transmette au vin, par le biais des raisins, son énergie tellurique galvanisée par l’énergie solaire. Aucun additif ne doit atténuer ou modifier la personnalité et l’expressivité des vins. La beauté naît de la simplicité.
Don Perricone
Marilena décrit sa cuvée micro Cosmo telle la quintessence de son approche de l’agriculture : « Ce vin témoigne du fait que chaque vignoble est un écosystème complexe où plantes, animaux, insectes et une infinité de micro-organismes vivent en harmonie les uns avec les autres, comme dans un petit univers. Un équilibre que l’activité humaine ne doit pas perturber, mais comprendre, respecter et protéger, en limitant ses interventions à ce qui est absolument nécessaire afin de ne pas altérer la dynamique du milieu naturel dont elle fait elle-même partie ». D’où le nom micro Cosmo. Et d’où l’illustration sur l’étiquette : une interprétation de la notion d’interdépendance.
Mais l’originalité de ce vin réside avant tout dans son cépage : le perricone (complanté avec 5 % de catanese). Quel plaisir de goûter un vin rare (seulement 80 hectares de Perricone sont cultivés dans le monde, représentant moins de 0,5 % du vignoble sicilien) sans que cela serve de caution à des prix démesurés !
Nul doute que la richesse ampélographique est essentielle à la diversité des vins chère aux œnophiles. Le vignoble de la Cantina Barbera est constitué de perricone, catanese et nero d’avola, mais aussi de zibibbo, alicante, grillo, catarratto, frappato, nerello mascalese, grecanico dorato, nocellara del belice, inzolia vecchia et inzolia nuova. Je me fais la promesse de goûter toutes les cuvées issues de ces cépages dont j’ignorais parfois jusqu’au nom*. Sauvegarder le patrimoine ampélographique, donc conserver les cépages en voie de disparition, c’est un des plus grands services que l’on puisse rendre au monde du vin.
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